Commentateur des JO sur France 2, Jean Rochefort «considérait les chevaux comme des athlètes»

SPORT En 2004, Jean Rochefort a commenté les épreuves équestres de JO pour France Télévisions. Le journaliste Christian Choupin, qui était à son côté, parle à « 20 Minutes » de ce collègue pas tout à fait comme les autres…

Fabien Randanne

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Jean Rochefort et l'un de ses chevaux en 1989.

Jean Rochefort et l'un de ses chevaux en 1989. — MAZEAU JEAN MARIE/SIPA

  • Jean Rochefort était un passionné de chevaux.
  • L’acteur a notamment commenté les épreuves équestres des JO 2004 et 2008 pour France Télévisions afin de vulgariser la discipline.
  • Jean Rochefort avait sa manière bien a lui de commenter, en faisant primer ses sensations sur les informations statistiques…

Il appelait « films avoine » les longs-métrages médiocres qu’il tournait pour financer son élevage de chevaux. Car Jean Rochefort, décédé ce lundi, était un passionné d’équidés. « Il va nous manquer, on le voyait dans tous les grands concours, à Cannes, à Paris », confie ce lundi à 20 Minutes Roger-Yves Bost, champion olympique de saut d’obstacles par équipe à Rio l’an passé.

Les JO, Jean Rochefort y a assisté en 2004 à Athènes… dans la cabine des commentateurs. L’acteur était consultant sur les épreuves hippiques pour France Télévisions, au côté de Christian Choupin.

Jean Rochefort n’a pas été payé

« On voulait démocratiser la discipline et il a accepté de se joindre à nous, se remémore le journaliste. Ce qui animait sa passion, ce n’était pas tant monter à cheval que la culture équine, le comportement des chevaux. Il ne les considérait pas comme des animaux mais comme des athlètes à part entière. » Et l’acteur était tellement impliqué dans sa mission qu’il a travaillé bénévolement.

Au micro, Jean Rochefort casse les figures imposées et improvise. « Il n’y avait aucune préparation. Il appuyait ses commentaires sur les sensations et non sur les fiches apprises par cœur. Les statistiques, il les laissait aux tabloïds. Ce qu’il voulait, c’était retranscrire la corrélation entre l’homme et le cheval », poursuit Christian Choupin.

« J’étais interloqué qu’il m’ait dit : "On s’en tape !" »

Cela donne des envolées du style « Monter, c’est dire tout haut ce que le cheval pense » ou « Nicolas Touzaint, le Gérard Philipe, l’archange du concours complet » assénés d’une voix malicieuse et enthousiaste. « Je me souviens, cela devait être le deuxième jour à Athènes, je faisais mon métier de journaliste en informant les téléspectateurs que le site où se déroulait les épreuves serait transformé en golf à l’issue des JO. Jean m’a alors regardé à travers ses lunettes d’un air désabusé et a lancé : "On s’en tape !" J’étais interloqué, je suis devenu rouge, vert, raconte le journaliste de France Télés. Mais ça donnait le ton : on n’était pas dans la comédie, mais dans la vraie vie, l’important sur le moment était de parler de chevaux, pas d’économie. »

Guillaume Canet, Christian Choupin et Jean Rochefort ont commenté le Paris Eiffel Jumping en 2014.
Guillaume Canet, Christian Choupin et Jean Rochefort ont commenté le Paris Eiffel Jumping en 2014. - France Télévisions

Cette spontanéité fait mouche. « On a eu énormément de retours positifs du public, assure Christian Choupin. Mais ceux qui ne connaissaient rien à l’équitation étaient bien plus conquis que les experts de ce sport, dont certains avaient des réserves. La verve de Jean Rochefort pouvait surprendre. »

« Les gens étaient passionnés quand il parlait »

« Il voyait les parcours, comme il savait monter à cheval, il avait des points de repère et même s’il ne connaissait pas tous les cavaliers, il se débrouillait très bien, note Roger-Yves Bost. Il faisait ça pour aider le métier et les gens étaient passionnés quand il parlait. »

En 2014, Jean Rochefort et Christian Choupin se sont retrouvés pour commenter le Paris Eiffel Jumping. « Guillaume Canet, un autre fondu d’équitation, était à nos côtés, Jean pour lui, c’est un père spirituel. Cette passion les a unis. » La grande famille du cinéma peut aussi être celles des haras.