Naomi Watts dans «Gypsy» et «Twin Peaks»: «Je vais où sont les bons auteurs, et c'est à la télé»

SÉRIE TV Naomi Watts fait doublement l’actualité série, en tête d’affiche de « Gypsy » sur Netflix et en «guest star» de la saison 3 de « Twin Peaks »…

Propos recueillis par Vincent Julé

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Naomi Watts, à l'affiche de la série «Gypsy» sur Netflix

Naomi Watts, à l'affiche de la série «Gypsy» sur Netflix — Netflix

A l’instar de son amie Nicole Kidman avec Big Little Lies et bientôt Top of the Lake, Naomi Watts est à l’affiche de deux séries, Gypsy sur Netflix et Twin Peaks saison 3. Si l’actrice d’origine anglaise mais élevée en Australie a déjà joué pour la télévision à ses débuts, dans le soap australien Summer Bay et la série américaine Sleepwalkers, elle est surtout connue pour ses rôles au cinéma, de la révélation Mulholland Drive au blockbuster King Kong en passant par ses nominations à l’Oscar pour 21 grammes et The Impossible. Bien que ravie, elle évoque avec 20 Minutes ce retour « forcé » au petit écran. Du moins pour Gypsy, dont les dix épisodes sont disponibles sur Netflix. Twin Peaks, c’est une autre histoire, « c’est David Lynch ».

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Vous n’étiez pas apparue dans une série depuis vos débuts, il y a plus de 20 ans.

Je n’étais d’ailleurs pas en recherche active d’une série, ou d’un retour à la télé. Mais j’étais curieuse, surtout que l’industrie du cinéma me tient à l’écart. Les films ne font plus d’argent, à l’exception des franchises, des blockbusters et des super-héros. Il n’y a plus beaucoup de rôles intéressants pour les femmes, surtout dans le genre dramatique. C’est pourquoi les auteurs sont partis vers la télévision, les séries. Je n’ai fait que les suivre.

Pourquoi avoir choisi cette série, ce rôle ?

Le personnage de Jean m’a semblé assez neuf, peu vu sur le petit ou grand écran. Elle vit dans deux mondes différents à la fois, des deux côtés de la barrière morale. On est loin de la mère au foyer parfaite, ou à l’opposé, de la folle de service. Les hommes peuvent depuis longtemps aller d’un extrême à l’autre, pourquoi pas les femmes ?

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Gypsy n’est donc pas une énième série sur de riches blancs qui font leur crise de la quarantaine ?

Ah ah. (elle lance un regard noir) Il s’agit plutôt de l’histoire d’une personne, qui comme beaucoup n’est pas satisfaite de sa vie. Sur le papier, elle mène une existence parfaite, mais ce n’est pourtant pas suffisant. Jean a coché toutes les cases, construit sa vie selon un modèle qu’elle supposait obligatoire, que la société lui a imposé. Elle a un joli mariage, une jolie famille, une jolie vie, mais dans le même temps, elle a enfermé une partie d’elle, profonde, authentique. Et la psychologue qu’elle est, fait la même chose avec ses patients, elle écoute toujours leurs mêmes histoires, et veut qu’ils sortent de leur boîte, même si cela veut dire pour elle, franchir la ligne jaune, se mettre en danger.

Diane est différente des manipulateurs habituels, elle est plus subtile, presque insouciante ?

C’est ce que la créatrice Lisa Rubin voulait éviter, Diane n’a pas à ressembler à une folle, elle n’est pas folle. Pas complètement. Toutes ses actions partent d’une bonne intention, elle veut comprendre et aider les gens, même si sa méthode n’est pas du tout éthique. A l’image de sa relation avec la jeune Sidney. « Mais qui est cette femme qui obsède l’un de ses patients », se demande-t-elle tout d’abord. Soit il a un problème, soit il y a quelque chose. Que peut-elle faire pour l’aider ? Mais lorsqu’elle rencontre Sidney, elle tombe elle-même sous le charme. Elle n’est pas à proprement parler amoureuse, mais Sid lui renvoie un aspect de sa personnalité qu’elle veut découvrir.

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Quel a été le plus gros défi de Gypsy ? Les scènes de sexe ?

Le rythme très soutenu ! Je suis quasiment de toutes les scènes, tu tournes donc 14-15 heures par jour, pendant cinq mois et demi. Sans savoir exactement où tu vas. Lisa Rubin nous a seulement donné une idée générale au début, puis nous avions deux épisodes d’avance maximum. C’était intense.

On peut également vous voir dans la saison 3 de Twin Peaks, qui marque vos retrouvailles avec David Lynch après Mulholland Drive. A-t-il changé ?

Il n’a pas changé du tout, il est lui-même, unique, il vit à un autre niveau. Au-dessus. (rires) Lorsque tu arrives sur le plateau, tu ne sais pas ce qu’il va se passer, tu te donnes à lui, il fait ce qu’il veut de toi. Tu ne le ferais pas avec tout le monde, mais tu le fais avec lui. Beaucoup ont comparé Gypsy et Mulholland Drive, mais à part la dualité du personnage et le prénom Diane, que Jean se prend comme alias dans la série, cela s’arrête là. Ce que j’adore avec David, c’est qu’il n’est jamais à court de nouvelles idées. Elles peuvent te paraître absurdes à première vue, mais elles ne le sont jamais, il arrive à les raccrocher à la réalité. Une réalité sombre, puissante. Et parfois même drôle.