Confiance en soi, développement personnel... «L'amour est dans le pré» est le psy des agriculteurs

TELEVISION L’émission de M6 dont la douzième saison débute ce lundi soir, provoque parfois un déclic auprès des agriculteurs célibataires…

Fabien Randanne

— 

Nathalie, l'une des agricultrices célibataires de la saison 12 de «L'amour est dans le pré», lors de l'ouverture des courriers.

Nathalie, l'une des agricultrices célibataires de la saison 12 de «L'amour est dans le pré», lors de l'ouverture des courriers. — Aurelien FAIDY/M6

« Faire L’amour est dans le pré équivaut à quatre ou cinq ans de psychanalyse », lance Christophe, comme une boutade qui n’en serait pas complètement une. Le sourire du vigneron de Bourgogne - Franche-Comté, à la recherche de l’âme sœur dans la douzième saison de l’émission qui débute ce lundi sur M6, tendrait même à confirmer l’efficacité de cette thérapie télévisuelle.

>> Lire aussi : Déjà une union dans la nouvelle saison de « L'amour est dans le pré »

Nathalie, éleveuse de 27 ans qui a elle aussi fait le voyage jusqu’à Paris pour la conférence de presse en cette matinée ensoleillée de mai, valide : « Ça nous fait cogiter sur nous-mêmes, c’est intense émotionnellement. J’ai appris qu’il faut s’ouvrir aux autres, avoir moins de critères stricts et prendre le temps de partir en week-end, que c’est faisable. »

Dit comme ça, ça a l’air d’une simple question de bon sens, mais comme le souligne Sébastien, l’un des autres agriculteurs célibataires de ce millésime 2017 : « Quand on est la tête dans le guidon, qu’on pense boulot du matin au soir, on croit que c’est impossible. En prenant le temps, on se rend compte que les choses qu’on n’a pas pu faire aujourd’hui peuvent attendre le lendemain. » C’est un comble, L’amour est dans le pré aide les exploitants agricoles à se mettre au vert.

Karine Le Marchand est « un peu psy »

Un programme qui joue les agences matrimoniales serait donc plus efficace que des confessions sur un divan ou un bouquin de développement personnel ? « Je suis un peu psy », s’amuse Karine Le Marchand qui cultive son oreille attentive depuis des années. « Avec moi, les agriculteurs se libèrent d’un non-dit et expriment leur solitude, ce qui va avoir un effet sur leur comportement. Mais il ne faut pas minimiser le rôle des téléspectateurs qui témoignent de leur sympathie aux candidats au-delà de la diffusion. Dans leur quotidien, leur boulanger, le vétérinaire, etc. leur font des retours positifs qui les font éclore. »

« Une mamie m’a lancé : "Seb, tu as déconné ! Tu as dit que tu n’étais pas beau alors que tu es le plus beau de la commune !" »

Ce n’est pas Sébastien qui dira le contraire. « Après la diffusion de mon portrait, une voisine, une mamie de 80 ans m’en a mis plein la tête. Elle m’a lancé : "Seb, je ne suis pas contente de toi, tu as déconné ! Tu as dit que tu ne savais pas faire à manger, que tu n’étais pas beau alors que tu es le plus beau de la commune !" » Effectivement, l’éleveur du Sud-Ouest, tout jeune quadra, est loin d’avoir un physique ingrat ; ça ne l’empêchait pas d’être bourré de complexes. « Je ne m’aime pas forcément trop, mais ça va mieux. Je m’étais justement inscrit pour reprendre confiance en moi. Et ça a marché. Les messages d’encouragements des proches, c’est chouette. J’ai reçu des tonnes de SMS qui font chaud au cœur. Des gens m’ont dit des choses qu’ils ne m’auraient jamais dites si je n’avais pas participé à l’émission. »

« Aujourd’hui, les hommes laissent couler leurs larmes »

Certains lui ont aussi reproché de s’être dénigré dans le reportage destiné à inciter les éventuelles prétendantes à lui écrire. « Je ne regrette pas du tout, j’ai eu des lettres de personnes qui ont compris qui j’étais », affirme Sébastien de son accent chantant. Il a « appris qu’il pouvait plaire », mais il lui a fallu du temps. Lors de l’ouverture des courriers, il a failli écarter certaines candidatures. « J’en ai discuté avec Raphaël et Julie [deux des agriculteurs célibataires de cette saison 12] en expliquant que celle-ci était trop belle ou trop jeune pour moi. Ils me répondaient : "Vas-y, c’est à toi qu’elle a écrit ? Qu’est-ce que tu as à perdre ?" »

« Avant, les agriculteurs étaient taiseux. Aujourd’hui, ils verbalisent tout ce qu’ils ressentent. »


Les téléspectateurs découvriront au fil des épisodes si l’éleveur a trouvé chaussure à son pied. Mais ils s’émouvront aussi sans doute de voir ces cœurs à prendre fendre l’armure. « Quand j’ai commencé à présenter L’amour est dans le pré, les hommes étaient taiseux, ils ne parlaient pas de leurs sentiments. Aujourd’hui, ils verbalisent tout ce qu’ils ressentent, ils laissent couler les larmes quand elles arrivent et s’autorisent à lâcher prise », remarque Karine Le Marchand avec un champ lexical que pourrait revendiquer Psychologies magazine.

« Il y a des moments délicats qu’on ne diffusera jamais »

Certains anciens candidats sont ressortis amers de cette expérience. Comme Pascal, resté seul après son passage dans l’émission en 2010. « La téléréalité, ça va m’amener au célibat jusqu’à la mort », déclarait-il à nos confrères de Franceinfo il y a deux ans. Les agriculteurs de cette saison que 20 Minutes a rencontré tiennent un discours bien plus enthousiaste et assurent s’être parfaitement reconnus dans leurs portraits.

« Certains ont peur de ce qu’on va faire des images. Je leur dis dès le début : il n’y a pas de piège. C’est une question de confiance, affirme la productrice Virginie Matéo. Il y a des choses qu’on ne diffusera jamais, des moments délicats avec les prétendants par exemple. Quand ils parlent de leurs histoires passées, je ne le laisse pas, ça pourrait blesser les ex, les mettre en porte-à-faux. » Même dans le montage il faut faire preuve de psychologie.