Le CSA en aurait-il ras la casquette ? Ce mercredi, le Conseil Supérieur de l’Audiovisuel a auditionné les représentants de  C8 concernant deux séquences de Touche pas à mon poste qui en 2016, avaient suscité de fortes polémiques : la « caméra cachée » dont avait été victime le chroniqueur Matthieu Delormeau, et la séquence où Capucine Anav avait été forcée  de poser sa main sur le sexe de Cyril Hanouna. A la suite de ces auditions, le CSA a décidé de sanctions à l’encontre de la chaîne du groupe Canal + :  elle est privée de publicité pendant trois semaines durant la diffusion et les rediffusions de TPMP, ainsi que 15 minutes avant et après lesdites diffusions.

Un jugement qui arrive près de six mois après les faits, et alors que l’émission de C8 a depuis été visée par une autre procédure, concernant le canular homophobe du 18 mai dernier… Affaires en cascades, délais interminables, une situation préoccupante qui pousse le « gendarme de l’audiovisuel » à une profonde remise en question, et à un léger agacement.

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Le recours au rapporteur indépendant

Remontons aux mois de novembre et décembre derniers. Malgré plusieurs avertissements envoyés à la chaîne du groupe Canal +, le régulateur audiovisuel avait pointé du doigt deux nouvelles séquences controversées, diffusées une fois encore dans TPMP. La première concernait celle du 3 novembre où dans une caméra cachée, Cyril Hanouna avait mis en scène un faux meurtre et poussé son chroniqueur Matthieu Delormeau à en prendre la responsabilité. Le 23 novembre, le CSA avait alors engagé une procédure de sanction (un cran au-dessus de ses habituelles mises en demeure donc), confiant les fonctions de poursuite et d’instruction à son rapporteur indépendant (sorte de médiateur pour garantir l’impartialité de la procédure), comme l’exige une loi européenne de 2013. « En diffusant cette séquence, la société C8 a gravement méconnu son obligation de faire preuve de retenue dans la diffusion d’images susceptibles d’humilier les personnes », a indiqué ce mercredi le régulateur, qui a précisé que cette séquence vaut à l’émission une semaine de suspension de publicité.

Rebelote le mois suivant. Le 7 décembre, dans sa séquence des « 4/3 », Jean-Luc Lemoine dévoilait une séquence où Cyril Hanouna prenait la main de sa chroniqueuse Capucine Anav (les yeux fermés) pour la poser sur son entrejambe. Le 20 décembre, le CSA avait une nouvelle foistransmis le dossier à son rapporteur, dénonçant ainsi de nouveaux manquements au respect de la dignité de la personne et au respect de l’image de la femme. Pour cette séquence, TPMP prend deux semaines supplémentaires de privation de publicité.

Le CSA sous le feu des critiques

Mais l’histoire ne s’arrête pas là. Visés par deux procédures de sanction, Cyril Hanouna et ses acolytes en récoltent une nouvelle le 23 mai dernier, à la suite du canular homophobe diffusé quelques jours auparavant. La polémique enfle, de nombreux téléspectateurs et internautes s’indignent, remettant en question les actions du CSA, pointant du doigt les longueurs de ses procédures, et le taxant entre autres de laxisme envers les débordements répétitifs de TPMP. Le gendarme de l’audiovisuel réplique alors sans tarder.

Le CSA « déplore aujourd’hui qu’on lui impute le délai de la procédure dont seul le rapporteur, en application de la loi, a la maîtrise », écrit l’institution dans un communiqué, précisant que dans le cadre des procédures qui lui sont applicables, il « s’efforce de prendre les décisions qui relèvent de sa compétence avec la rapidité requise, en particulier lorsque le public par ses réactions manifeste sa vive émotion ». Et ce n’est pas tout, conscient de ses faiblesses, le CSA a ajouté qu’il « apparaît nécessaire de faire évoluer le cadre juridique de la procédure afin de la rendre plus efficace et plus conforme aux impératifs de nos missions ».

Et après ?

Cyril Hanouna a-t-il malgré lui mis au jour certains dysfonctionnements du CSA ? « Le rapporteur indépendant ne nous permet pas d’être maîtres du temps, a confirmé à 20 Minutes le service de communication de l’institution, et le CSA est comme tout le monde, il attend ». Car sans l’avis et les préconisations du rapporteur, le jugement ne peut avoir lieu. Quelles « évolutions du cadre juridique » souhaiteraient donc les sages de l’audiovisuel ? Si l’institution ne remet pas en question le rôle du rapporteur indépendant, elle souhaiterait tout de même des délais de rapport moins longs, « plus de moyens et une procédure plus efficace », a expliqué le service de communication. « Le CSA est une autorité de contrainte, il aimerait jouer son rôle avec plus de sévérité ».

Et s’il n’y avait que cela… Si C8 est désormais fixée sur ses sanctions, rien n’empêche la chaîne de faire appel et de contester le jugement, auprès du Conseil d’Etat. Suite au prochain épisode, donc.