VIDEO. Débat présidentiel: Les journalistes auraient-ils pu mieux gérer les candidats?

PRESIDENTIELLE Mercredi soir, lors du débat du second tour, les deux journalistes Christophe Jakubyszyn et Nathalie Saint-Cricq se sont laissés dépasser par Marine Le Pen et Emmanuel Macron…

Claire Barrois

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Christophe Jakubyszyn et Nathalie Saint-Cricq, mercredi, sur le plateau du débat.

Christophe Jakubyszyn et Nathalie Saint-Cricq, mercredi, sur le plateau du débat. — CHAMUSSY/SIPA

  • Les journalistes Christophe Jakubyszyn et Nathalie Saint-Cricq ont été peu présents dans le débat d’entre deux tours.
  • Le spécialiste des médias et de la communication politique Christian Delporte affirme que c’est le cas depuis 1981.
  • L’exercice du débat encadré par des journalistes est-il dépassé ?

« Inexistants », « inutiles », « portés disparus »… Christophe Jakubyszyn et Nathalie Saint-Cricq, les deux journalistes qui ont animé le débat d’entre deux-tours de la présidentielle n’ont pas vraiment su trouver leur place mercredi soir, et les critiques n’ont pas été tendres avec eux. Mais comment auraient-ils pu faire mieux ?

« Le problème de mercredi c’est que, tout de suite, Marine Le Pen a fait exploser le conducteur, analyse Christian Delporte, professeur à l’université de Versailles, spécialiste des médias et de la communication politique. Les journalistes devaient recadrer le conducteur et pas le contenu du débat. Sa stratégie était de tout embrouiller et on ne savait plus où on en était. » Dans cet imbroglio, les journalistes ont semblé aussi perdus que les téléspectateurs.

Un rôle « modeste »

Interviewés par nos confrères du Figaro, les deux présentateurs expliquent qu’il n’a jamais été question pour eux d’occuper une autre place que celle qu’ils ont eue mercredi : « C’est un duel, une confrontation directe où l’un et l’autre doivent se répondre. Donc le rôle du journaliste doit être très modeste, estime Christophe Jakubyszyn. J’avais dit à Nathalie Saint-Cricq : "Tu verras, de toute façon, on va nous dire qu’on était inexistants. L’attente est tellement importante par rapport à nous car nous sommes nouveaux dans l’exercice que tout le monde va être déçu." »

Sa consœur, Nathalie Saint-Cricq, rappelle qu’il leur a été demandé d’être aussi discrets. « On aurait pu mieux faire c’est sûr, concède la chef du service politique de France 2, Mais on a fait ce qu’on pouvait. C’est un débat organisé par TF1 et France 2, mais encadré par le Conseil supérieur de l’audiovisuel (CSA). Nous n’avons pas le droit d’intervenir. Nous ne pouvons pas poser de questions anglées. Mon interrogation sur le Code du travail était déjà limite… » Des limites également soulevées par Christian Delporte.

Une tradition du débat d’entre deux tours

« De manière traditionnelle, dans les débats d’entre deux tours, les journalistes sont relativement effacés, précise l’historien. En 1981, François Mitterrand voulait des journalistes très présents, ça a duré un quart d’heure avant de revenir au face à face traditionnel où les candidats débattent. C’est ce qu’attendent les téléspectateurs. Au bout d’un moment, ça devient compliqué de transiter à chaque fois par les journalistes alors qu’ils sont face à face. » En somme, les journalistes de ce débat deviennent les garants de l’égalité du temps de parole, accrochés à leur chronomètre.

La place des journalistes dans ce débat est, de toute manière, négociée en amont avec les équipes des candidats. Ils sont donc coincés entre les exigences du CSA, et les accords avec les équipes de campagne qui, de leur côté, peuvent dire à leur candidat de ne pas respecter les accords. « Au-delà de ça, c’est un exercice délicat pour les journalistes parce que, s’ils interviennent pour interrompre ou recadrer un candidat par rapport à l’autre, on peut avoir le sentiment qu’ils prennent parti », rappelle Christian Delporte. A quand un débat sans journalistes pour leur éviter de jouer les potiches ?