Dylan Minnette et Katherine Langford dans la série « 13 Reasons Why ».
Dylan Minnette et Katherine Langford dans la série « 13 Reasons Why ». - Netflix

Les ados reviennent en force dans des séries pas si mineures. Netflix a sorti ce vendredi la première saison de son nouveau teen drama, série centrée sur les adolescents, 13 Reasons Why. Si la série produite par la chanteuse-actrice Selena Gomez et le scénariste-réalisateur Tom McCarthy (The Station Agent, Spotlight) respecte les codes traditionnels du genre, elle aborde, à l’instar d’autres séries pour adolescents récentes, un thème grave : le suicide des jeunes. Pourquoi les teen drama sont devenus si graves ?

Le « teen drama », miroir de son époque

Le teen drama a toujours dépeint les tourments des adolescents, tout en se faisant le miroir d’une époque. A la fin des années 1980, la série canadienne Degrassi (Les Années collège, 1987) soulève déjà tous les problèmes que les jeunes peuvent rencontrer comme l’alcoolisme, la drogue ou le Sida.

Le genre, popularisé dans les années 1990 avec des séries comme Beverly Hills 90210 ou encore Angela, 15 ans, emprunte les ingrédients et recettes du teen movie. Il met en scène des archétypes comme le sportif, le nerd, la pom-pom girl ou le rebelle dans des lieux emblématiques tels que le lycée, le couloir avec les casiers ou le diner à des moments spécifiques comme la rentrée des classes ou le bal de fin d’année.

De Dawson à Freaks and Geeks en passant par Pretty Little Liars, le teen drama traite toujours de la difficulté du passage à l’âge adulte, de la découverte de soi, de celle de la sexualité ou encore des relations conflictuelles avec les parents ou les représentants de l’autorité en général.

>> A lire aussi. «13 Reasons Why»: «Rencontrer Selena Gomez était ridiculement cool»

A l’instar d’autres genres, le teen drama s’est enrichi grâce à son hybridation avec d’autres genres : Veronica Mars emprunte au film noir, Buffy contre les vampires, au fantastique, Glee, au musical, Misfits, aux superhéros. « On célèbre cette année les 20 ans de Buffy contre les vampires, un teen drama fantastique, qui abordait déjà des sujets graves comme la dépression, le féminisme », note Renan Cros, enseignant en histoire du cinéma et des séries, et journaliste à Cinemateaser.

13 Reasons Why ou la dissection du suicide d’une adolescente

13 Reasons Why n’échappe pas aux codes et explore les peurs, les doutes, les désirs des jeunes, mais avec une « approche plus frontale, un dispositif plus réaliste », souligne le spécialiste. L’intrigue débute au lendemain du suicide d’une lycéenne, Hannah Baker. Avant de se donner la mort, elle s’est enregistrée en train d’énumérer les 13 raisons, et les 13 camarades, qui ont motivé son geste. Les 13 cassettes enregistrées par l’adolescente soutiennent la trame narrative de la série. La voix d’Hanna, en off, rappelle celle d’Angela dans Angela, 15 ans, mais aussi celle d’Alice dans Desperate Housewives.

Au travers cette voix, sont dénoncés les problèmes des jeunes d’aujourd’hui, le cyberharcèlement et l’omniprésence des réseaux sociaux. Paradoxalement, Hannah impose l’utilisation de tout un tas d’objets old school comme les K7 ou le Walkman : 13 Reasons Why a un côté vintage, c’est comme si ces jeunes regardaient déjà en arrière. Il y a quelque chose de mélancolique dans le fait qu’on a l’impression que leur adolescence est déjà quelque chose de perdu », souligne l’expert. Pas de gentils innocents, ni même de coupables méchant, dans le show, tout le monde porte la responsabilité de ses actes.

« Riverdale » dénonce le « slut-shaming »

A l’instar de 13 Reasons Why, Riverdale, adaptation d’un comics des années 1930 par la chaîne américaine CW, recycle le substrat des teen dramas tel que «  triangle amoureux à la Dawson, des “bitch” à la Gossip Girl, du football américain à la Friday Night Lights, du chant à la Glee » ou la star de Beverly Hills, Luke Perry. « Il y a une génération qui a grandi avec les teens dramas », rappelle l’expert. Les auteurs de Riverdale en sont pleinement conscients et s’amusent avec les codes du genre. La peste Cheryl Blossom lance à Kevin dans le premier épisode : « Être le gay de service, ça existe encore ? ».

Au « Mais qui a tué Laura Palmer ? » de Twin Peaks, Riverdale rétorque : « Mais qui a tué Jason Bloom ? ». La série débute comme l’œuvre culte de David Lynch par une intrigue policière autour de la découverte du cadavre d’un adolescent. La série multiplie les références, inadaptées au public qu’elle est censée viser, à savoir les adolescents. Une des héroïnes principales, par exemple, Veronica, demande à un de ses camarades s’il est familier du travail de Truman Capote, se compare à une héroïne de Mad Men, et évoque la soirée qu’elle a organisé pour le lancement du dernier livre de Toni Morrison.

>> A lire aussi : Tout savoir sur le départ de Sara Ramirez alias Callie dans «Grey's anatomy»

« Les séries pour adolescents ne sont plus regardées que par les adolescents. Ce sont désormais des séries pour adultes qui regardent le monde des ados. Leur génie, c’est d’avoir su capter tout le public », commente le spécialiste, des « screenagers » aux anciens « enfants de la télé ».

« Sweet vicious », la série anti-culture du viol

« Les teens drama sont ouverts à des problématiques plus contemporaines. Le féminisme est présent dans Riverdale par exemple, ou dans la série Girls, qui n’est pas à proprement parler une série teen, mais un show que les adolescents regardent », poursuit Renan Cros. Dans l’un des épisodes, Veronica est victime de slut-shaming. Lorsqu’elle découvre qu’elle n’est pas la seule à être en proie à ce type de harcèlement, elle fédère les autres personnages féminins et entre en guerre contre cette pratique, prenant à contre-pied le sempiternel cliché des teens shows de la rivalité entre filles.

Autre cas, la série Sweet/Vicious. Cette dernière met en scène deux héroïnes, la blonde « sorority girl » Jules et Ophelia, l’hackeuse aux cheveux verts, qui se transforment la nuit en justicières ninja, pour dénoncer la culture du viol sur le campus, passée sous silence par l’université. « Les teens dramas se sont adaptées aux problématiques de notre époque. Elles sont plus violentes. Elles sont une sorte de radiographie de la société jeune. Même si la série britannique Skins était trash et provocante, les séries teens actuelles sont plus tragiques, plus concernées, plus sombres qu’avant. On a l’impression que la fête est finie », conclut Renan Cros.

Mots-clés :