«Au tableau!»: Pourquoi, contrairement à «Une Ambition intime», l'émission n'a pas créé la polémique

DIVERTISSEMENT? Après «Une Ambition intime» de Karine Le Marchand sur M6, «Au tableau!» sur C8 voulait également renouveler la traditionnelle émission politique à la télévision...

V. J.

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«Présidentielle : Candidats au tableau !», le divertissement politique mais pas trop de C8

«Présidentielle : Candidats au tableau !», le divertissement politique mais pas trop de C8 — C8

« Un petit bijou » pour Télé 7 Jours, « un résultat savoureux » pour Le Parisien, « une émission politique d’un nouveau genre » selon L’Express… La critique semble avoir apprécié le programme Au tableau ! de C8, de même que le public, avec près de 1,3 million de téléspectateurs devant leur poste dimanche soir, et des 20/20 partout sur les réseaux sociaux. Après Une Ambition intime sur M6, Au tableau ! tente de renouveler l’émission politique en pleine campagne présidentielle, mais cette fois sans polémique.

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« Nous sommes beaucoup plus dans le divertissement »

Pourquoi ? « Parce que nous sommes beaucoup plus dans le divertissement que dans une émission politique qui ne dirait pas son nom, clarifie Thomas Vitiello, enseignant à Sciences Po Paris et en charge d’un cours sur « la personnalisation de la politique ». Alors qu’Une Ambition intime était dans la construction d’un portrait, d’une destinée - "la rencontre d’un homme et d’un peuple" pour reprendre la formule de de Gaulle -, dans Au tableau !, les sujets vont et viennent dans tous les sens, il n’y a pas de narration et le montage n’est pas fait dans une optique de comparaison entre les candidats. »

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1h15 en classe, 25 minutes à l’écran

Mais Au tableau ! reste une émission très scriptée, très montée. Comme le rappelle Le Parisien, chaque candidat a passé une heure et quart face aux 18 enfants, âgés de 8 à 12 ans, dans une classe d’Issy-les-Moulineaux (Hauts-de-Seine) pour un total de 25 minutes à l’écran. D’où plusieurs faux raccords, mais aussi l’impression que les petits intervieweurs d’un jour récitent leurs questions ou ont le droit à plusieurs prises. Mais la coproductrice Melissa Theuriau l’assure : « On n’a rien soufflé. On les a juste aidés en leur demandant d’ajouter des "Est-ce que" pour bien les formuler ».

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Une série de « tests »

S’il a bien été question de politique et de pédagogie, et pas seulement de dab, l’exercice s’est limité à une mesure phare pour chaque candidat, et selon Thomas Vitiello, n’a pas fait avancer le débat : « Benoît Hamon était par exemple déjà associé au revenu universel avant l’émission ». Pour Le Monde, l’émission perd ainsi de sa spontanéité et de son intérêt, dès lors qu'« on devine que certaines questions n’ont pu être imaginées par les écoliers » ou que « les hommes politiques sont soumis à une série de tests : le nom du présentateur de TPMP, l’ingurgitation d’un criquet et le fameux dab, réussi pour Hamon et loupé pour Fillon. Ce sont d’ailleurs ces « meilleurs moments » qui sont relayés par les médias, les plus à même à devenir un GIF ou à être viraux.

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Pourquoi Marine Le Pen a refusé

Programmée à 21h un dimanche, Au tableau ! n’était pas à destination des enfants. « Elle s’ajoute juste aux autres émissions d’infotainement, précise l’enseignant à Sciences Po Paris. Elle donne un aperçu de la personnalité du candidat, et, là elle rejoint Une Ambition intime, offre l’occasion de faire authentique, plutôt qu’être authentique. C’est pourquoi Macron, qui a fait du théâtre, est plus à l’aise, se met en scène avec les enfants, à l’inverse des plus austères et professeurs Fillon et Mélenchon. »

Mais selon lui, la vraie question est l’absence de Marine Le Pen, qui a décliné l’invitation : « Sa communication est très ficelée, elle est absente des médias depuis l’hiver, laisse les autres parties s’écharper entre eux. Elle n’a pas voulu se mettre en danger ». La candidate FN fera d’ailleurs son retour lors du premier débat de la présidentielle lundi soir.