On a regardé «The Collection» avec le couturier Julien Fournié

SERIE Le couturier Julien Fournié commente pour 20 Minutes la représentation à l’écran de la renaissance de la haute couture dans la série franco-britannique diffusée ce jeudi sur France 3…

Anne Demoulin

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Les personnages de la série «The Collection».

Les personnages de la série «The Collection». — Lookout Point 2016/Nick Briggs

Une série cousue main ! The Collection, mini-série diffusée jeudi 29 décembre et jeudi 5 janvier à 20h55 sur France 3, raconte la renaissance de la haute couture parisienne au sortir des jours sombres de l’Occupation, au travers l’ascension d’une jeune griffe, la maison Sabine. Produits et créés par Oliver Goldstick à qui l’on doit entre autres Pretty Little Liars et Ugly Betty, les huit épisodes de 52 minutes de ce drame historique sont le fruit d’une collaboration entre France 3, BBC Worldwide et Amazon Prime, d’ores et déjà vendus dans 67 pays.

Dans cette période trouble, où le rationnement est toujours de rigueur, cette saga familiale retrace le destin des deux frères à la tête de la maison que tout oppose, l’ambitieux Paul Sabine, campé par Richard Coyle et le tourmenté Claude Sabine, incarné par Tom Riley. Des petites mains aux clientes en passant par les mannequins, les falbalas de la maison déguisent secrets, trahisons et autres rivalités.

La série dépeint-elle correctement les coulisses d’une maison de haute couture ? Le créateur Julien Fournié, dont la maison vient de recevoir l'appellation "haute couture", selon un communiqué du mardi 3 janvier de la Fédération française de la Couture, a visionné avec 20 Minutes et la chef costumière de la saga, quelques épisodes lors d’une projection à France Télévisions.

La révolution du New Look

Une nouvelle ère vaut bien une nouvelle silhouette. La série se déroule en 1947, année où Carmel Snow, rédactrice en chef du Harper’s Bazaar, désigne la silhouette imaginée par Christian Dior avec le terme « New Look ». « C’est une période fastueuse pour la haute couture, il s’agit vraiment de la renaissance de la haute couture française », confirme le couturier. Pierre Balmain ouvre en 1945, avec l’appui de sa mère et d’anciennes ouvrières de Balenciaga, sa propre maison de couture, Elsa Schiaparelli reprend ses activités à la Libération, et embauche un jeune modéliste, Hubert de Givenchy, et Christian Dior fonde sa maison le 8 octobre 1946. « Les costumes et les robes de la série, imaginés par Chattoune et Fab, sont tout à fait représentatifs du renouveau créatif de cette époque », poursuit le couturier.

Des costumes réalisés comme à l’époque

« Il fallait des costumes pour les gens qui fréquentent la maison de la couture, plutôt nantis, des costumes pour les gens dans la rue, qui subissaient le rationnement, et nous devions aussi créer des collections », détaille Chattoune, cofondatrice de Chattoune & Fab. Le tout sur fond de révolution New Look. « Fab et moi avons consulté plus de 1000 documents au musée Galliera, en bibliothèque et dans différents ouvrages », précise-t-elle.

Pour les collections de la maison Sabine, « Fabien les a dessinés, en se mettant dans la peau du personnage de Claude, parce que ce qu’il vit dicte ce qu’il va créer. On a fait également les blouses des dames d’atelier, le blouson de Claude, des personnages principaux, etc. », résume-t-elle. Tous les modèles ont été réalisés entre octobre et janvier avec un atelier composé de six personnes. Pour les figurants, Chattoune & Fab ont fait appel à des ateliers spécialisés dans la location de costumes en Italie, en France, en Angleterre. « On a aussi fait fabriquer des modèles par des loueurs », poursuit la chef costumière. La principale difficulté ? « La lingerie ! On n’en trouve pas et la faire faire, c’était très compliqué. C’était ma principale angoisse. On ne trouve plus les modèles de baleines que l’on utilisait dans les années 1940. Du coup, on en a fait un petit peu, et on s’en est sortis », souligne l’experte. « Le travail de Chattoune & Fab est formidable. Ils ont tout réalisé comme à l’époque, avec des Stockman, et ça se voit », félicite le couturier.

 


The Collection : séance photo avec Nina

La vie quotidienne dans une maison de couture

Qu’en est-il du quotidien dans la maison de couture ? « “The Collection” est un mélodrame. Mais je trouve qu’ils ont su capter avec une grande justesse le fonctionnement d’une maison et notamment les relations humaines », estime le couturier. Dans une séquence, on voit Claude Sabine échanger avec sa première d’atelier au sujet du métrage d’une robe. La première d’atelier estime qu’il faut 4 mètres de tissus, Claude lui tend son calepin qui porte la mention « 4 mètres ». « Nous avons déjà fait ce genre de pari avec, Madame Jacqueline, ma première d’atelier », s’amuse le créateur de mode.

« Ce que j’aime dans la série, c’est qu’elle montre que l’on ne s’improvise pas couturier et développe tous les aspects de la vie d’une maison de couture : la création, la confection, les relations avec les clientes haute couture, avec la presse, avec les investisseurs, avec les mannequins », souligne-t-il encore.

Dans une autre séquence, Claude apprend à Nina, mannequin en herbe à marcher. « Lorsque je travaillais chez Torrente, je me souviens avoir vécu exactement cette scène, j’ai dansé une valse avec un mannequin pour la préparer à défiler avec une robe du soir », se souvient le couturier.

L’atelier est parfaitement reproduit. « Les ateliers de couture sont souvent sous les toits », remarque le créateur qui félicite notamment la prestation d’Irène Jacob, qui interprète la première d’atelier de la maison Sabine : « On sent qu’elle a travaillé la gestuelle des couturières. »

Le créateur, enfin, apprécie la relation entre Paul Sabine et la cliente Marjorie Stutter : « Elle vient chercher son identité dans la maison de couture et j’aime l’idée qu’un couturier aide à l’émancipation de la femme », note Julien Fournié. On regardera donc The Collection pour les belles robes, les chapeaux, les coiffures et les costumes qui feront oublier probablement quelques faiblesses scénaristiques.