« Rue des allocs » : M6 refuse de déprogrammer les derniers épisodes après un drame

POLEMIQUE La maire d’Amiens (Somme) a demandé un report de la diffusion prévue jeudi soir après le décès d’une famille du quartier où a été tournée la série documentaire…

Fabien Randanne

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Image extraite du générique des deux derniers épisodes de « Rue des allocs ».

Image extraite du générique des deux derniers épisodes de « Rue des allocs ». — CAPTURE D'ECRAN/M6

Nouvelle polémique pour M6. Plusieurs voix se sont élevées à Amiens (Somme) – la maire Brigitte Fouré s’est même fendue d’une lettre recommandée – pour demander à M6 de reporter la diffusion ce jeudi de Rue des allocs en raison d’un drame qui a endeuillé le quartier Saint-Leu le 3 novembre. Quatre membres d’une même famille, dont deux enfants de 18 mois et 4 ans, ont péri dans l’incendie de leur maison. Cela a suscité une vive émotion auprès des habitants, quelque 900 personnes ont ainsi assisté aux obsèques la semaine dernière.

« La famille est très éprouvée »

Pour certains Amiénois, maintenir la diffusion de Rue des allocs, « c’est ajouter du malheur au quartier qui souffre depuis août d’une mauvaise image », comme l’a confié la présidente du comité de quartier Saint-Leu, Christelle Waquet, au Parisien. « La famille est très éprouvée. Elle souhaitait un peu de répit à sa peine », a déclaré de son côté la maire au quotidien francilien.

« La famille victime de ce drame n’apparaît jamais dans le documentaire », se défend Matthieu Bayle, le directeur de l’unité des programmes externes de flux de M6 dans les colonnes du Parisien, avant d’annoncer qu’un message lui rendant hommage sera diffusé dans les épisodes jeudi.

Une longue liste de griefs

Cette polémique s’ajoute à une (longue) liste de griefs dont Rue des allocs est la cible depuis plusieurs mois. Ses détracteurs l’accusent notamment de « misérabilisme » et de « sensationnalisme ». La Fédération nationale des associations d’accueil et de réinsertion sociale (Fnars) avait appelé en août le Conseil supérieur de l’audiovisuel (CSA) à intervenir « pour suspendre la diffusion ». Une demande soutenue par Patrick Kanner, le ministre de la Ville, qui avait tweeté, après avoir vu les deux premiers épisodes : « Je me joins à l’initiative de la Fnars : interdire l’indécence. Ce soir, la misère était morale. »

Le CSA avait instruit un dossier après avoir reçu plusieurs signalements de téléspectateurs. Dans leur décision, rendue début octobre, les Sages n’ont relevé  aucun « manquement de M6 à ses obligations » tout en déplorant un titre « à connotation péjorative ».

Un nouveau sous-titre, « L’entraide au quotidien »

Au départ, sa série documentaire relatant le quotidien d’habitants du quartier Saint-Leu d’Amiens (Somme) en situation de précarité, devait s’intituler « Zone prioritaire ». Le réalisateur, lui, aurait préféré « Rue du chômage » : « Ce qu’on a interrogé, ce n’est absolument pas le système des allocations, mais les conséquences du chômage », expliquait Stéphane Munka au micro d’Europe 1 en août, à quelques heures de la diffusion des deux premiers épisodes. Il affirmait aussi que l’objectif de l’émission n’était « en aucun cas » de dire que certains profitent du système : « On n’est pas du tout tombé [sur ce genre de situation]. »

La chaîne insiste désormais auprès des médias pour qu’ils utilisent le nouveau titre du programme : Rue des allocs – L’entraide au quotidien. Un ajout censé atténuer la dimension provoc de l’intitulé original et qui s’affichera dans le générique des deux derniers volets « consacrés à la solidarité et à la santé », qui seront diffusés ce jeudi soir sur M6. Cela n’a pas, semble-t-il, été suffisant pour apaiser les esprits.

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