«Mariés au premier regard»: L'expert en amour qui donne des conseils pour séduire «les petites sal****»

ENQUETE Stéphane Edouard, la « caution scientifique » du nouveau programme de M6, monnaye aussi ses conseils en séduction entre deux prises de positions très tranchées sur les femmes...

Clio Weickert

— 

Stéphane Edouard, le nouveau sociologue de couple de M6

Stéphane Edouard, le nouveau sociologue de couple de M6 — PIERRE OLIVIER/M6

Ce lundi à 21 h, M6 diffuse le premier épisode de Mariés au premier regard. Objectif de cette nouvelle émission : faire s’unir devant le maire deux parfaits inconnus censés être « compatibles ». Une « expérience sociale et scientifique », clame la chaîne en s’appuyant sur trois « experts » de l’amour : Catherine Solano, médecin sexologue et andrologue, Pascal de Sutter, docteur en psychologie, et Stéphane Edouard, « sociologue de couple ».

>> A lire aussi : «Mariés au premier regard»... Quand M6 se charge de vous trouver l'homme ou la femme presque parfait(e)

Si les deux premiers sont des habitués du petit écran, le troisième est inconnu au bataillon. Il représente pourtant la caution « scientifique » du programme, car il a participé activement à l’élaboration des « tests scientifiques », insiste David Warren, directeur des programmes de Studio 89 qui produit l’émission. Or, deux clics sur Google suffisent pour découvrir que Stéphane Edouard monnaye surtout ses conseils en séduction entre deux prises de positions très tranchées sur les femmes.

« Comment dresser sa femme ? »

« Où rencontrer des filles comme Nabilla ? », « Auriez-vous réagi comme notre auditeur devant cette allumeuse ? », « Comment dresser [sic] sa femme ? »… Autant de questions que pose Stéphane Edouard sur son site «Hommesdinfluence.com » (ex-spikeseduction.com, SpikeSeduction étant l’un de ses anciens pseudonymes) et sur sa chaîne YouTube. Et il y répond. Il organise également des séminaires tarifés, donne des leçons de relooking, ou propose un service de « phone coaching ».

Capture d'écran avant le passage en privé de la vidéo
Capture d'écran avant le passage en privé de la vidéo - Capture d'écran YouTube

 

Capture d'écran avant le passage en privé de la vidéo
Capture d'écran avant le passage en privé de la vidéo - Capture d'écran YouTube

Dans une vidéo intitulée « J’aime les bimbos, c’est grave ? », Stéphane Edouard révèle « ce qui plaît aux filles vulgaires, aux poupées plastifiées, aux filles à gros seins », qu’il qualifie quelques phrases plus loin de « petites salopes ». « Stéphane Edouard est de son époque », justifie David Warren auprès de 20 Minutes. « Il peut paraître superficiel et il aime repousser les limites mais c’est quelqu’un de très sérieux. Ses études, ses articles et ses conférences nous ont convaincus qu’il avait sa place dans le programme ». Il n’empêche que vendredi, peu après cet entretien, la vidéo en question n’était plus accessible.

« Les viols en soirée, j’aimerais bien en avoir la reconstitution »

Une autre vidéo a également disparu ce vendredi. Dans celle-ci, Stéphane Edouard conseille par téléphone un jeune homme qui lui explique que sa compagne est alcoolique et qu’elle a été violée à deux reprises, dans l’enfance « dans le cadre de la famille » et à l’âge adulte. « Autant celui de la famille j’ai tendance à tous les accréditer et à tous les croire par défaut, autant ceux des soirées j’aimerais bien avoir le film », lui rétorque l’expert en séduction. « Enfin le film on va me prendre pour un pervers, mais j’aimerais bien avoir la reconstitution […] avec les dialogues exacts. »

Interrogé par 20 Minutes sur cette vidéo, Stéphane Edouard se défend : « Il faut bien distinguer la posture de travail, de l’humain. Je suis en empathie avec toute personne qui souffre. La posture du sociologue est de ne jamais prendre pour argent comptant quelque chose qui est déclaratif. Les gens mentent et il est très difficile d’établir des constats indubitables sur du déclaratif. »

David Warren, sollicité sur la même question, prend ses distances : « Je ne lui demande pas de faire de la psychologie qui est du ressort de Catherine Solano et Pascal de Sutter. Il n’a pas l’étiquette pour ça. Qu’après sur son site il se permette d’en faire… Je ne peux lui interdire mais ce n’est pas pour ça que je cautionne. »

« Ce n’est pas moi qui suis misogyne, c’est une réalité »

En 2014, Stéphane Edouard avait déjà évoqué la question du viol dans un de ses podcasts portant notamment sur les accusations dont fait l’objet l’acteur Bill Cosby. « A partir d’un degré de « staritude » […] ce n’est plus « H » [l’homme] qui va chercher les filles mais ce sont les filles qui font la queue à la porte de la loge. Ce n’est pas moi qui suis misogyne, c’est une réalité. »

« Penser qu’une superstar, qui a été en son temps l’acteur le mieux payé du monde […] ait besoin de droguer et de contraindre des femmes à avoir un rapport sexuel avec lui, c’est déjà absurde en soi », affirme Stéphane Edouard – alors sous le pseudonyme SpikeSeduction – avant de développer un argumentaire liant l’exposition médiatique d’un individu à l’attraction qu’il exercerait automatiquement auprès de la gent féminine.

« Les féministes activistes, des idiotes utiles »

20 Minutes a également passé en revue le compte Twitter Hommes d’influence, dans lequel on trouve certaines réflexions sur la condition féminine et sur les femmes en général.

On constate ainsi que Stéphane Edouard établit une nuance entre les féministes « de sensibilité » [sic] et les féministes « activistes » qu’il qualifie « d’idiotes utiles […] généralement laides, dénuées de féminité et seules ».

« Je suis un sociologue élu par la démocratie »

Stéphane Edouard, qui met en avant son DEA de « sociologie de l’action organisée » obtenu à Sciences Po Paris, a toute confiance en son expertise sociologique « Ma certification de docteur je ne la tiens pas d’une université, je la tiens de vous et des commentaires que vous faites sur mes analyses depuis plus de 10 ans. Je suis un sociologue élu par la démocratie [sic] […] plébiscité parce que j’ai raison dans les analyses », explique-t-il dans une autre vidéo.

« On ne s’intitule pas soi-même sociologue, on peut-être dans le coaching ou dans le développement personnel, réagit Jean-Claude Kaufmann, sociologue spécialisé dans la vie quotidienne, directeur de recherche au CNRS et auteur de nombreux essais dont Piégée dans son couple (éd. Les liens qui libèrent). Un coach ayant fait des études de sociologie c’est très bien, poursuit-il, mais quand il parle de ses thèses scientifiques, c’est de l’arnaque. »

Et de poursuivre : « Le fait de dire « on sait mieux que vous la personne qu’il vous faut », c’est totalement impossible. On ne peut pas faire des algorithmes sur cela, car le couple, c’est un changement permanent. » C’est pourtant cette « science » qui est censée avoir convaincu les équipes de Mariés au premier regard.

Nous avons reçu le droit de réponse suivant de Stéphane Edouard. Nous le publions dans les termes exacts dans lesquels ils nous a été envoyé :

« L’article en date du 6 novembre 2016 et intitulé : «M6 : le drôle d’expert en amour qui donne des conseils pour séduire les petites s…» contient de nombreuses contre-vérités à mon égard que je ne peux laisser sans réponse :

-« "Mariés au premier regard" : L’expert en séduction qui donne des conseils pour séduire les petites…»

-« Or, deux clics sur Google suffisent pour découvrir que Séphane Edouard monnaye surtout ses conseils en séduction entre deux prises de position très tranchées sur les femmes ».

« Comment dresser sa femme ? »

« Où rencontrer des filles comme Nabilla ? », « Auriez-vous réagi comme notre auditeur devant cette allumeuse ? », « Comment dresser (sic) sa femme ? »… Autant de questions que pose Stéphane Edouard sur son site « Hommed’influence.com ».

-Dans une vidéo intitulée « J’aime les bimbos c’est grave ? », Stéphane Edouard révèle « ce qui plaît aux filles vulgaires, aux poupées plastifiées, aux filles à gros seins », qu’il qualifie quelques phrases plus loin « de petites salopes ».

-« On ne s’intitule pas soi-même sociologie (…). Un coach ayant fait des études de sociologie c’est très bien, poursuit-il, mais quand il parle de thèses scientifiques, c’est de l’arnaque. »

Tout d’abord, votre article m’accuse d’apprendre à mes clients à (je cite) « dresser sa femme » dans une vidéo du même nom :

« Or deux clics sur Google suffisent pour découvrir que Stéphane Edouard monnaye surtout ses conseils en séduction entre deux prises de positions très tranchées sur les femmes.

« Comment dresser sa femme ? »

« Où rencontrer des filles comme Nabilla ? », « Auriez vous réagi comme notre auditeur devant cette allumeuse ? », « Comment dresser (sic) sa femme ? »… Autant de questions que pose Stéphane Edouard sur son site « Hommed’influence.com ».

Cette interprétation erronée de mes propos est un déplorable contresens puisque la vidéo en questions constitue en réalité la critique argumentée d’un article « Comment dresser sa femme ? » découvert sur Internet. Dans cette vidéo je critique l’article précité tant sur la forme que sur le fond, j’y dénonce l’usage de métaphores animalières et critique avec véhémence les propos de l’auteur.

Par ailleurs votre article réduit mon travail de sociologue à des « conseils pour apprendre à séduire les petites salopes ».

Dans la vidéo incriminée « J'aime les bimbos, c’est grave ? », je réponds à la demande d’un client qui cherche à comprendre les mécanismes psychosociologiques l'amenant s’intéresser à ce qu’il qualifie lui-même de « bimbos ». J’explique notamment ce qu’incarne la bimbo dans l’inconscient collectif masculin, reliant ces dénominations contemporaines argotiques « bimbo, salope » avec les très sérieuses catégories du sociologue Edgar Morin (« pinups » et « starlettes »).

En outre, en fin d’article, ma qualité de sociologue serait mise en doute, par la voix d’un sociologue, Directeur de recherche au CNRS, dans les termes suivants :

« On ne s’intitule pas soi-même sociologue (…). Un coach ayant fait des études de sociologie, c’est très bien, mais quand il parle de ses thèses scientifiques, c’est de l’arnaque. »

Or, je suis titulaire d’un Diplôme d’Etudes Approfondies (DEA, soit un bac + 5) en sociologie des organisations à l’Institut d’Etudes Politiques de Paris. Depuis 10 ans, je décline les outils qui m’y ont été enseignés (individualisme méthodologiques, système d’actions concret, rationalité limitée des acteurs) au thème des relations hommes-femmes.

Dès lors, me présenter comme un expert en séduction monnayant ses conseils pour séduire les petites s… est à la fois inexact et attentatoire à ma considération.

Stéphane Edouard.»