Patrick Bruel sur scène à l'Opéra Garnier, le 12 janvier 2015.
Patrick Bruel sur scène à l'Opéra Garnier, le 12 janvier 2015. - Ludovic BOULNOIS

Le 12 janvier, Patrick Bruel cassait la voix dans « l’une des plus belles salles du monde », selon lui : l’Opéra Garnier, à Paris. Pour ce concert inédit, que France 2 retransmet ce mercredi à 22h40, le chanteur était entouré d’un orchestre symphonique. Il en raconte les coulisses et évoque ses projets à venir à 20 Minutes.

Ce concert a-t-il eu une saveur particulière pour vous qui en avez déjà donné des milliers ?

Se retrouver sur la scène de l’Opéra Garnier, ce n’est pas donné tous les jours. Et que ça se passe le 12 janvier [peu après la fusillade à Charlie Hebdo]…  ça avait une résonance particulière. On a commencé les répétitions le 8 janvier. Quand je suis rentré dans la salle de répète avec tous les musiciens devant moi, il fallait que je dise quelque chose, tout le monde était prostré. J’ai pas pu finir ma phrase et on n’arrivait pas à finir toutes les chansons pendant la répétition. Pendant les quatre premières chansons du concert, on avait tous les larmes aux yeux, on se contenait. Progressivement on est allé vers un spectacle « normal » passée cette émotion. Ça s’est allégé. Ça restera unique.

Vous aviez déjà chanté avec un orchestre symphonique. C’était différent cette fois ?

Je n’avais jamais été aussi loin dans mes arrangements. J’avais demandé à Benjamin avec qui je travaille de se faire plaisir. Je lui ai dit : « On vient du classique, on a la chance de pouvoir s’exprimer là, amusons-nous, lâche tout. »

Il y a quelques duos sur scènes et vous vous êtes même illustré dans le registre lyrique. C’était facile de le faire comme ça ?

J’étais très concentré. J’avais fait Nessun Dorma en 2004. C’est paraît-il l’air le plus dur de l’opéra. Je m’étais dit « j’ai fait celui-là, c’est bon, les autres… » Et en fait le plus dur c’était celui que j’ai fait à l’opéra Garnier. C’est très technique. On ne se lance pas là-dedans sans bosser.

Vous envisageriez un album lyrique ?

Pas un album, non. Il y a quelque chose d’amusant à aller faire à l’opéra un air d’opéra au milieu d’un concert opéra pop. Mais est-ce que les gens ont besoin de m’entendre chanter un album entier d’opéra ? Je pense qu’il vaut mieux écouter Pavarotti (rires).

Place des grands hommes, Casser la voix, Alors regarde... Vous les chantez à chaque concert. Ça ne vous ennuie pas à la longue ?

Du tout. Il y a des gens qui sont l’artiste d’une chanson. On ne leur demande que cette chanson et les spectateurs l’attendent pendant une heure et demie. Moi, j’en ai une quinzaine que les gens attendent. Puis j’aime bien mes chansons. Certaines, je ne pourrai pas ne pas les chanter. Comme Alors regarde. Au premier rappel en concert, quand je reviens sur scène, les gens chantent déjà la chanson, donc je suis foutu (rires).

Vous avez fait beaucoup de duos, dont un avec La Fouine en 2012. C’était inattendu. Est-ce que vous avez d’autres collaborations aussi étonnantes à venir ?

Oui, sûrement. Mais faut jamais le dire avant que ce soit fait. Je suis un homme de surprises. Et j’ai peur qu’après le mec vienne pas pour chanter (rires). Mais il faut que ça reste cohérent. C’était très cohérent d’appeler Laouni [La Fouine] pour chanter avec moi. J’avais tenté plusieurs arrangements pop, rock, sur Maux d’enfant. Ça ne fonctionnait pas comme je voulais et j’ai voulu essayer hip-hop. Ils m’ont tous regardé bizarre. Pourtant j’ai produit le premier morceau de rap français quand j’avais 20 ans, du groupe Chagrin d’amour. Je ne vois pas pourquoi on me regarde bizarrement quand je veux faire un rap, quand même ! Et puis j’écoute beaucoup de rap.

Qu’est-ce que vous écoutez, par exemple ?

Je suis plus sur les trucs anglo-saxons. Eminem et Plan B.

Vous jouez au poker avec Kool Shen. Un duo avec lui serait-il envisageable ?

Moi, j’aimerais bien.

Vous n’osez pas lui en parler ?

Ça ne s’est pas présenté, mais pourquoi pas. Là il est à Vegas, il est concentré, il fait les championnats du monde.

Qu’avez-vous prévu après la poignée de concerts que vous donnez cet été ?

J’ai des propositions de film. Dans l’ensemble, j’aime pas trop dire « je vais faire ». Je préfère dire « j’ai fait ». Dans « je vais faire », on s’inflige une double peine. Une fois qu’on le fait y a plus de surprise et si on ne le fait pas, on passe pour un con.

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