Du karaoké ce samedi soir? Oui, mais sur Arte

TELEVISION A 22h25, le documentaire «Karaoké, la machine enchantée» décortique l’histoire et l’impact souvent surprenant de cette pratique dans les pays où elle fait partie intégrante du quotidien… 

Anaëlle Grondin

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Extrait du documentaire «Karaoké, la machine enchantée». Un chanteur de karaoké dans un centre commercial de Manille aux Philippines.

Extrait du documentaire «Karaoké, la machine enchantée». Un chanteur de karaoké dans un centre commercial de Manille aux Philippines. — Arte

Le karaoké, ringard? En France, très certainement. Mais ailleurs, cette pratique est devenue un rouage essentiel  de la vie collective. Le Japon, où la machine à chanter vu le jour, les pays scandinaves ou encore les Philippines, où il est vénéré, n’imaginent pas vivre sans. Un phénomène mondial que le réalisateur Thomas Cazals a voulu décortiquer l’an dernier après un séjour au Japon.

Dans son documentaire Karaoké, la machine enchantée, diffusé ce samedi soir sur Arte à 22h25, le réalisateur raconte l’histoire de cette étonnante machine bricolée en Asie au début des années 1970, mais s’attarde surtout sur ses répercussions aujourd’hui. Selon lui, c’est un formidable moyen de «décrypter» une société. 

Tués pour avoir mal chanté «My Way» 

«Au Japon, c’est intéressant de voir que le karaoké s’est répandu grâce aux employés de bureau («salarymen») qui ont envie de se lâcher dans d’étonnants immeubles entiers consacrés au karaoké. C’est une sorte de soupape de sécurité parce que la vie là-bas est très intense, les gens travaillent beaucoup. Le karaoké permet de dédramatiser, c’est une forme de réalité virtuelle, explique Thomas Cazals. Aux Philippines, où il y a des karaokés partout – même dans les prisons et les cimetières - c’est surtout pratiqué par les gens les plus pauvres.»

Thomas Cazals ironise: «Il y a plus de bars karaoké que de toilettes aux Philippines». Les Philippins vénèrent comme une idole le karaoké, élément crucial de leur quotidien. C’est plus qu’un loisir. Et parfois, il vaut mieux ne pas trop rigoler avec ça. Le documentaire revient sur les bagarres meurtrières survenues là-bas entre 2006 et 2010… provoquées par des reprises (ratées) de la chanson My Way popularisée par Frank Sinatra. Des drames qui ont poussé certains bars philippins à bannir cette chanson depuis. «Le côté macho de la chanson», commente Thomas Cazals, avant d’ajouter: «Là-bas, la société est violente. On peut se retrouver dans un bar avec des gens armés qui peuvent se montrer violents. C’est presque devenu une légende urbaine.»

Tout le monde veut briller aujourd’hui

Remède contre le stress, la timidité, l’ennui et la solitude, le karaoké est aussi une machine à rêves. En Espagne, en Finlande et aux Philippines par exemple, les champions du monde de karaoké – oui, cette compétition existe - ont l’ambition de percer dans la chanson. Le karaoké leur permet de s’entraîner pour se lancer. «Les gens ont tous un peu envie de devenir des stars aujourd’hui. C’est souvent le cas pour eux, mais le temps de quelques instants», indique Thomas Cazals.

Vu de la France, cet engouement pour le karaoké paraît étonnant. On imagine mal, chez nous, un candidat de The Voice ou Nouvelle Star arriver sur scène et se vanter d’être champion de France de karaoké. «Ici, on n’aime pas trop certains éléments de la culture populaire, avance Thomas Cazals. C’est un peu un mystère car il y a des bars karaoké partout en France.» Selon lui, les Français ont surtout «du mal à avouer qu’ils vont chanter au karaoké». Pourquoi tant de honte?

Karaoké, la machine enchantée, samedi 24 janvier à 22h25 sur Arte.