Michel Houellebecq face à David Pujadas le 6 janvier 2015 sur France 2
Michel Houellebecq face à David Pujadas le 6 janvier 2015 sur France 2 - France 2

Soumission révolte, «fait gerber» ou subjugue. Et au milieu de la tempête, Michel Houellebecq est stoïque. C'est en tout cas l'image qu'il veut donner. Invité ce mardi soir du JT de David Pujadas, pour le début d'un marathon médiatique qui va se poursuivre ces prochains jours, l’auteur a recentré sans peine l’interview autour des personnages de son roman, au lieu d’affronter les questions politiques du journaliste. 

La polémique, il s'en «accommode» 

«Est-ce que vous aimez la polémique?» commence Pujadas. «Je ne peux pas dire que j’aime, mais je ne fais pas d’effort pour l’éviter. Je m’en accommode.» Ses cheveux longs peignés, Houellebecq a toujours aussi grise mine mais son sourire et son calme rappellent ceux qu’il arborait quatre ans plus tôt sur le même plateau, face au même Pujadas, dans des circonstances pourtant bien différentes: c'était pour son Goncourt pour la Carte et le Territoire.

David Pujadas rappelle longuement le pitch de Soumission, pour tenter d’amener Houellebecq sur le terrain politique. L’auteur contourne soigneusement. Le pitch est-il plausible? «C’est une possibilité, probablement pas à aussi court terme que dans le livre», répond Houellebecq, qui préfère évoquer le projet de «recentrer l’Europe vers le Sud» de son personnage Mohammed Ben Abbes, le président musulman qui accède au pouvoir. «Il faut imaginer un type historiquement à la hauteur de Napoléon». La discussion peut sembler bien obscure à qui n'a pas lu le roman. 

Marine Le Pen «n'a pas besoin de ça» 

Soumission, c’est «un cadeau de Noël à Marine Le Pen?» tente Pujadas. «Elle n’a pas besoin de ça, je ne pense pas que ça change quelque chose pour elle.» A Sylvain Bourmeau auquel il a accordé sa première interview, Houellebecq a déjà prédit que son roman n’aurait «aucun effet». Il répète là encore: «Aucun roman n’a changé le cours de l’histoire. Les essais le font.» 

S’il approuve que son héros se convertisse? «Ni l’un, ni l’autre». Partage-t-il ce relativisme? «Je ne sais pas, je sais même plus.» Vraisemblablement démuni, Pujadas lui offre alors un boulevard, en le posant en juge de notre société. Est-elle si «creuse, agonisante et finissante que ça?» Houellebecq parle du «manque du sens, du retour du religieux, pas seulement pour l’islam, pour les autres religions aussi». «De plus en plus de gens ne supportent plus de vivre sans Dieu», et pour lui, personnellement, «l’athéisme est difficile à tenir».

Pas de question «inception» sur son personnage

David Pujadas n’aura donc pas évoqué son personnage avec Houellebecq. Car l’auteur s’est trouvé dans Soumission, après Pernaut dans La Carte et le Territoire, un nouvel objet de fascination parmi les présentateurs de JT… Pujadas, dont il se moque gentiment à travers un portrait exagérément élogieux. Il l'y qualifie d’«icône» qui «avait surclassé tous ses prédécesseurs par sa fermeté courtoise, son calme, son aptitude surtout à ignorer les insultes, à recentrer les affrontements qui partaient en vrille, à leur redonner l'apparence d'une confrontation digne et démocratique».

Ainsi commence donc, en marge de la polémique, le marathon médiatique de Michel Houellebecq, à la veille de la parution de son livre, et de sa venue sur France Inter, à 8h20 chez Patrick Cohen, puis dans Boomerang d'Augustin Trapenard, avant la matinale d'RTL et Le Grand et Le Petit Journal jeudi. 

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