Enora Malagré dans
Enora Malagré dans - D8

Enora Malagré détaille le contenu de son émission Derrière le poste. La chroniqueuse est en prime time ce jeudi sur D8. Pour l'occasion, elle répond aux attaques «très vulgaires et misogynes» de Guillaume Pley, confie son admiration pour les grandes intervieweuses et grands intervieweurs et parle de la place des femmes à la télévision. 

C’est votre troisième prime sur D8 ?

Le premier n’avait pas fonctionné. Mais mes patrons ont eu la gentillesse de m’en refiler d’autres! Je suis hyper fière de l’émission maintenant.

On va voir quoi?

L’idée c’est d’aller derrière le poste, de décrypter. Par exemple les coulisses de l’Ile de la tentation. Vu mon inimitié à l'égard de la téléréalité, c’était une évidence. Il y a un avant et un après cette émission dans ma vision de la téléréalité.

C’est spécial, non, le journalisme médias? Le fait d’interviewer des gens qui font en gros le même boulot que vous?

Cela fait cinq ans que je suis journaliste medias. Je me sens plus légitime. Faire le même métier permet de rebondir plus vite. Je reçois le gratin de la télé. Des gens qui ne se perdent pas en susceptibilité. J’avais dit du mal d’Olivier Minne car je ne croyais pas à l’époque au retour de Pyramides, cela ne l’a pas empêché de venir en plateau pour parler de Fort Boyard.

D’autres, comme Guillaume Pley, prennent moins bien les critiques. «La gonzesse me casse les couilles», a-t-il expliqué après vos critiques de Rising star...

C’était des attaques très personnelles, très vulgaires. Et c’était misogyne. J’ai eu beaucoup d’appels d’animatrices et d'animateurs de M6. Ils étaient désolés. Et je crois que c’est compliqué pour la chaîne M6 d’assumer un animateur qui tient de tels propos.

Dans Touche pas à mon poste vous êtes plutôt chroniqueuse. Dans Derrière le poste vous pratiquez l’interview. Avez-vous des modèles?

C’est très technique comme exercice. J’aime le style Oprah Winfrey ou Ellen DeGeneres, avec un mélange de compassion, de grande familiarité et de lacrymal. Ça, c’est une des méthodes.  

Les autres?

Il y a la technique Ardisson / Fogiel. On ne lâche pas l’interviewé. Ils s’accrochent à leur invité comme à un morceau de viande, cela me fascine. Dans un autre style, l’école Laurent Boyer. Avec de la décontraction, des fins de phrases lancées en l’air, une musique, un phrasé, il ne pose pas vraiment de questions, il donne sa pensée.

Et Philippe Vandel?

C’est le FBI de l’interview. Il m'a m’invitée sur France Info. On est comme sur un ring, on pense qu’on va prendre un coup qui ne vient pas. Résultat, l'interview accouche de choses qui vous mettent en valeur mais vous avez l’impression de l'avoir fait dans la douleur. C’est un grand intervieweur.

Vous avez cité Oprah Winfrey et Ellen DeGeneres. Vous regardez la télé américaine?

Je l’ai découverte avec le talk-show de Jimmy Fallon. Ces deux femmes sont à la tête des plus gros talk-shows du pays et elles appartiennent à deux minorités: noire et homosexuelle. C’est révolutionnaire. Cela donne de l’espoir. Elles ont le courage et le militantisme de nous mettre le fait qu’elles sont noires et homosexuelles en pleine tronche. En France, cela arrivera quand les poules auront des dents et ça donne envie de pleurer.

Effectivement, dit comme cela…

En France, heureusement il y a eu Christine Bravo. Nous nous engouffrons dans le chemin qu’elle a gentiment tracé. Il n’y a pas assez de femmes à la télé même si heureusement il y a des Karine Le Marchand, Alessandra Sublet et Maïtena Biraben que je trouve formidables.

C’est dû à quoi?

Je fais de la télé et c'est un vieux métier, dans un vieux pays, machiste et poussiéreux. Regardez Sandrine Quétier, Estelle Denis ou Faustine Bollaërt, à chaque fois, on leur colle un mec. Combien de nénettes ont le droit à leur prime à elles seules? Tout cela manque cruellement de modernité, on est très immobile.

Vous ne vous en sortez pas mal du coup?

Oui, mais je suis la première depuis vingt ans à animer seule une libre antenne. Avant, c’était Super Nana. Alors que les bonshommes ils sont tous là depuis quinze ans, ce n’est  pas normal.

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