Michel Houellebecq savait déjà faire rire (jaune) avec ses romans. On sait désormais qu’il peut faire rire devant la caméra. Dans L’Enlèvement de Michel Houellebecq, diffusé ce mercredi 27 août à 22h15 sur Arte, il est irrésistible de malice. D’abord parce que le réalisateur Guillaume Nicloux lui fait quasiment interpréter son propre rôle. Celui d’un écrivain enlevé par trois malfrats, pour un mystérieux commanditaire, et qui va retrouver séquestré dans un pavillon du Loir-et-Cher.

Inspiré d’un fait divers

«Le film est parti de ce fait divers que j’avais trouvé très drôle à l’époque, la disparition de Michel, expliquait Guillaume Nicloux lors d’une conférence de presse en juillet. Les médias évoquaient même qu’il aurait pu être enlevé par Al-Qaida!» A ses côtés, Houellebecq acquiesce, il se souvient de ce mois de septembre 2011: «Je l’ai su après. Je n’avais pas Internet, tout ça s’est passé sans que je m’en rende compte.»

«Oui, oui, je me suis trouvé drôle par moments»

Dans L’Enlèvement de Michel Houellebecq, s’y dévoile un écrivain tantôt émouvant tantôt comique, loin des saillies provocantes auxquels les médias et ses détracteurs ont souvent tenté de le réduire. «Oui, oui, je me suis trouvé drôle par moments», lâche l’écrivain. Un Michel Houellebecq tout doux, lorsqu’il invite une prostituée à partager son lit ou quand il prête son corps malingre à une démonstration d’arts martiaux. Et tout tendre, il tente de comprendre les motivations de ses ravisseurs, il entre en empathie avec eux.

Une grande part d’improvisation

Le film semble s’alimenter d’une grande part d’improvisation, qui offre fraîcheur et naturel. «Il y avait une ossature avec des thèmes et des phrases clé, nuance Guillaume Nicloux. J’ai par exemple demandé à Michel ce qu’il n’a jamais fait dans la vie et voudrait faire dans un film. Il m’a répondu: "Oh j’aimerais bien conduire à 300km/h"… Bon, Michel n’avait pas conduit depuis un an, mais on est quand même montés dans la voiture… Et Michel l’a fait…»

«J’ai quand même l’impression d’être un acteur»

«Il ne s’agissait pas pour autant d’offrir à Michel un rôle, avertit le réalisateur, d’abord parce qu’il n’est pas acteur, et parce que je ne voulais pas qu’il joue, mais qu’il soit juste!» « Nicloux m’a demandé d’être moi-même, mais comme la situation ne fait pas partie de mon vécu, j’ai quand même l’impression d’être un acteur», marmonne le Prix Goncourt 2010 pour La carte et le territoire. Un exemple? «Dans une scène, quand je menace un mec musclé de lui balancer mon poing dans la gueule, j’exagère un peu. Même saoul, bon là je l’étais vraiment, je ne fais pas ça», explique Michel Houellebecq.

Devant la caméra, Houellebecq apparaît comme spontané et loufoque, plus inspiré que derrière, si on se remémore sa catastrophique adaptation de son propre roman, La possibilité d’une île. Devant la caméra, sa cocasserie a été à nouveau sollicitée par une autre fiction: Near Death Experience, de Gustave Kervern et Benoit Délépine, qui sera visible dès le 10 septembre, cette fois en salles.

Michel Houellebecq, un téléspectateur «très infidèle»

«Je suis un téléspectateur extrêmement infidèle, ça fait longtemps que je n’ai rien regardé du tout.» Michel Houellebecq raconte que son intérêt pour «L’amour est dans le pré» a fini par disparaître. Il confie: «J’ai eu une petite phase "Confessions Intimes", mais ça m’est passé. Mais je n’ai jamais acheté un programme télé, alors de temps en temps je zappe. Il y a un côté feu de bois aussi, ça j’adore: je regarde les émissions en coupant le son, les émissions d’Arte, genre la France vue du ciel, le Nord en deltaplane, Thalassa ce genre de machin». Et non, il ne regarde pas non plus les séries.

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