«Cam Clash»: Nos réactions aux discriminations filmées en caméra cachée

TELEVISION France 4 lance ce lundi soir à 20h45 une nouvelle émission qui teste, en caméra cachée, nos réactions face au racisme, au sexisme, à l'homophobie, ou aux incivilités du quotidien... 

Annabelle Laurent

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Cam Clash, diffusée les 26 mai et 2 juin

Cam Clash, diffusée les 26 mai et 2 juin — 2P2L/ France 4

«Regardez moi ça, on n'est plus chez nous», lâche une première «complice» dans le métro face à une femme voilée. «Vous voulez pas qu’on vous allège un peu de deux-trois frites?», lance un autre à une femme en surpoids qui déguste un burger dans un café. Qui va s’indigner et réagir, qui va détourner le regard? Qu’auriez-vous fait, vous, souhaite interroger la nouvelle émission de France 4, «Cam Clash», en reproduisant avec des complices des situations discriminantes filmées en caméras cachées. Harcèlement de rue, machisme au volant, homophobie, discrimination au surpoids… Ce lundi à 20h45, six thèmes seront abordés, et six autres le lundi suivant. Inédit en France - les Etats-Unis ont «What would you do?» - le principe suscite des questions. Antoine Piwnik, coproducteur de l’émission chez 2P2L, a répondu à 20 Minutes.

Une situation «reproduite», c'est-à-dire? Un témoin vient d’abord raconter au journaliste (Baptiste Etchegaray) une situation réelle vécue. Puis vient la reproduction: dans l’extrait sur le harcèlement de rue visionné par 20 Minutes, une femme, complice, est harcelée à un arrêt de bus par un homme, complice. Complices? «Ce sont des amateurs, qui font de l'impro», explique Antoine Piwnik. Les caméras cachées capturent la scène et les réactions des anonymes, avant que l’équipe interrompe le dispositif «quand ça devenait physique, ou quand le réalisateur estimait avoir été au bout d’une réaction», explique le producteur. Puis les anonymes s’expliquent: l’une a réagi «parce que c’est une femme comme [elle]», l’autre n’avait «pas envie de rentrer la gueule en sang».

Quel intérêt, et où est le vrai, s’il y a tant de «complices»? «On n’invente rien», assure Antoine Piwnik. «Un journaliste a travaillé en amont avec des associations de défense pour recueillir les témoignages, qui ont ensuite donné lieu à des scénarios, certains très fidèles, ou plus soft quand le témoignage était trop dur», explique le producteur. C'est, dit-il, du «testing social». L’idée de 2P2L est «venue du clip de Formidable», où Stromae s’était mis en scène en état d’ébriété à Bruxelles et d’une «vraie tendance qui existe sur Internet», assure le producteur qui cite entre autres la récente expérience, publiée le 12 mai et vue près de 7 millions de fois, où le YouTubeur NorniTube se déguise en SDF puis en homme en costume, ou l’expérience de l'ONG SOS Villages d'enfants qui avait filmé un petit garçon sans manteau attendant dans le froid pour encourager ceux qui l’avaient spontanément aidé à «s’intéresser autant aux enfants en Syrie».

Du journalisme, en caméra cachée? La caméra cachée, c’est bon pour «Vidéo Gag», à la rigueur pour «Connasse» de Canal+, moins pour le journalisme, qui pourrait virer au voyeurisme? Le débat s’était cristallisé autour des «Infiltrés» sur France 2 et demeure. «Je l’assume, répond le producteur. Ces incivilités ou discriminations se logent justement dans des endroits où il n’y a pas de témoins, où les gens savent, ou croient qu’ils ne risquent rien». Prendre en flagrant délit ceux qui n'ont pas agi par peur de «rentrer la gueule en sang», n’est-ce pas un appel au jugement? «C’est une invitation au débat. L’émission ne prend pas parti». Si «Cam Clash» séduit, le producteur pense déjà à la suite. «Peut-être dans des situations plus privées. On traiterait bien par exemple du harcèlement sexuel au travail, mais il faudrait s'infiltrer dans une entreprise. C’est un peu plus complexe à mettre en place».