Décrypter le discours politique

0 contributions
Publié le 10 janvier 2007.

Interview du sociologue Denis Muzet pour son livre «La croyance et la conviction»

Denis Muzet, sociologue.

Selon vous, le discours politique est en pleine mue.

A force de parler la langue de bois, les élus ont créé une « oreille de bois » : nous sommes devenus imperméables au trop-plein de mots ! Les acteurs publics n'ont jamais aussi bien porté le nom d'acteurs. Lorsqu'il dit « Kärcher », Nicolas Sarkozy synthétise notre aspiration à l'ordre et à la netteté. Quand Ségolène Royal apparaît dans les magazines, « dame blanche » parmi la foule et pas au-dessus ou à côté, elle se pose comme une Française parmi les Français.

Sont-ils entendus quand ils abordent des sujets sérieux ?

Dans le cadre de l'Observatoire du débat public, j'ai fait visionner une interview de Ségolène Royal à un groupe qualitatif. Résultat ? Alors qu'elle avait parlé des difficultés d'EADS, de l'après-pétrole, de la précarité, le groupe n'en avait retenu aucune trace ! Il y a un phénomène de « démémorisation ». L'étude a porté sur Ségolène Royal, mais son cas n'est pas isolé.

Les médias sont-ils complices ?

Ils imposent la dictature du format court, du renouvellement permanent de l'info et des récits romanesques. En politique, ils encouragent la « petite phrase ». Entre la télé, la radio, le Web, nous percevons la réalité à travers un filtre. Zizou ou Amélie Poulain sont autant nos héros que José Bové ou Marine Le Pen.

Que gagnent des élus comme François Bayrou en se posant comme victimes des médias ?

Au départ, existe une authentique frustration. Mais je ne serai pas étonné quand le tandem Ségo-Sarko se mettra à faire pareil, parce que cela correspond au sentiment de l'opinion. Une récente enquête montre que les médias sont l'institution qui suscite le moins de confiance !

En quoi la posture médiatique de Nicolas Sarkozy diffère-t-elle de celle de Ségolène Royal ?

Le ministre de l'Intérieur n'est jamais aussi à l'aise que lorsqu'il doit faire une démonstration de force pour contenir la peur de son auditoire face aux dangers comme l'insécurité ou le terrorisme. Bref, il prend la posture du combattant. Royal emploie le vocabulaire des ressources humaines, elle dit « fierté », « tirer vers le haut », « ensemble ». Elle accompagne les Français, elle est leur coach.

Recueillis par Raphaëlle Baillot

©2006 20 minutes
Emploi

En partenariat avec Monster.fr

  • Trouvez le poste qui vous convient

    Retrouvez les dernières offres d'emploi sur toute la France et dans tous les secteurs avec 20minutes.fr et Monster.fr

publicité
publicité
publicité
publicité
Réagissez à cet article
Vous souhaitez contribuer ? Inscrivez- vous, ou .
Confirmer l'alerte de commentaire
Annuler
publicité
publicité
Se connecter avec Facebook
S'identifier sur 20minutes.fr