FilmoTV: «Si Netflix propose des films récents depuis le Luxembourg, c'est un vrai souci»

INTERVIEW La plateforme française de VOD/SVOD, FilmoTV, redoute la concurrence déloyale du géant américain Netflix. Trois questions à son président Bruno Delecour...

Annabelle Laurent

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FilmoTV, plateforme française de VOD/SVOD lancée en 2008. 

FilmoTV, plateforme française de VOD/SVOD lancée en 2008.  — Capture

Netflix arrive, les cinéphiles et sériephiles se réjouissent. Ses concurrents français, beaucoup moins. Aurélie Filippetti a beau assurer que l’Etat dispose de «tout un arsenal de mesures» pour empêcher le géant américain d’être «un passager clandestin» en émettant depuis son siège au Luxembourg, Bruno Delecour, président de FilmoTV, reste très méfiant.

Lancée en 2008, sa plateforme de VOD/SVOD 100% cinéma et éditorialisée est, avec CanalPlay Infinity ou VidéoFutur, l’un des principaux acteurs du marché français. Et donc, très prochainement, la cible directe de la concurrence de Netflix.  

>> Pourquoi la France a si peur de Netflix

Cette fois, c’est sûr, Netflix arrive bel et bien en France… Mauvaise nouvelle?

L’agitation autour de cette arrivée est assez symptomatique, car on ne s’est jamais intéressé à la VOD en France. On se réveille tout à coup en se disant «Oh, il y a des étrangers.» Pendant plusieurs années, la position a été «personne ne bouge» alors que les utilisateurs ont modifié leur mode de visionnage. Le marché de la vidéo à la demande représente à peu près 300 millions d’euros en France, soit presque un tiers du marché des DVD. En quelques années, ce n’est pas négligeable. Alors que c’était un secteur naissant, rien n’a été fait pour le conforter, l’aider à se développer. On a même plutôt essayé de le freiner.

Aurélie Filippetti assure que Netflix devra «se plier aux régulations». Vous n’y croyez pas?

Là où je suis très étonné, c’est qu’iTunes représente la quasi-totalité du téléchargement définitif et une grande partie de l’offre VOD en France, le tout sans avoir la même TVA que les acteurs français, sans obligation de financement de la création, sans quota d’œuvres françaises… Et ça n’a jamais choqué personne. Pourquoi on obligerai Netflix alors qu'on n’oblige pas iTunes? Quand on dit «Ils se plieront aux régulations», je n’en suis pas certain du tout et je suis inquiet qu’au-delà des paroles, des concurrents puissent attaquer le marché français sans avoir les mêmes contraintes que nous. Si Netflix est au Luxembourg et propose des films récents alors que je n’y ai pas accès (le délai imposé est de 36 mois, ndlr), ce serait un vrai souci!

Si Netflix joue le jeu et s’installe avec les mêmes contraintes, quelles sont vos armes pour lui faire face?

FilmoTV a adopté, dans la perspective de la concurrence, un positionnement extrêmement original, 100% cinéma, avec une offre très diversifiée et très éditorialisée. On propose des chaînes thématiques, des contenus additionnels, un accès multi-écrans… Chaque mois, un tiers de notre catalogue est renouvelé, contrairement à beaucoup de services comme Netflix. Du coup, leur service paraît formidable les premiers mois, mais après, leurs utilisateurs disent: «Et maintenant?»

S’il n’y a finalement aucune inégalité de traitement entre vous et Netflix, vous ne serez pas inquiets?

On sera… normalement inquiets.

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