Le siège de Netflix à Los Gatos en Californie.
Le siège de Netflix à Los Gatos en Californie. - PAUL SAKUMA/AP/SIPA

Netflix en France, c’est pour bientôt. Après plusieurs rencontres en France, en décembre à l’Elysée, début janvier avec Fleur Pellerin, Netflix commencera ses négociations commerciales «dans les quinze jours», selon la Société des auteurs et compositeurs dramatiques (SACD), qui juge «crédible» l’arrivée en septembre annoncée dans Le JDD.

Les sériephiles se frottent les mains. Enfin! Des milliers de séries et films à volonté pour la probable et très raisonnable somme de huit euros par mois: le rêve. Mais l’accueil que réserveront à Netflix les producteurs, le ministère de la Culture, Bercy ou la SACD sera bien plus froid. Netflix fait peur. Pour trois raisons principales.

La peur du géant américain

Il suffit d’énumérer quelques chiffres. Netflix s’est lancé en 1997 comme loueur de DVD par correspondance. Transformé en 2007 en service de vidéo à la demande par abonnement (SVOD) accessible en ligne, il comptait, fin 2010, 20 millions d’abonnés. A la fin 2013, il en comptait 44 millions, dont plus de 33 millions d’abonnés aux Etats-Unis, soit plus que les abonnés de certaines chaînes (HBO en compterait 28,7 millions). Netflix s’est étendu en 2010 hors de ses frontières, au Canada, en Amérique Latine, et depuis 2012 de notre côté de l’Atlantique. Le géant est désormais présent dans sept pays européens… et s’apprête à marcher en 2014 sur la Belgique, la France et l'Allemagne

La peur du passager clandestin

Aurélie Filippetti l’a annoncé dans Le JDD dimanche dernier: Netflix «ne doit pas être un passager clandestin». Comme Amazon, iTunes et tant d’autres, Netflix a installé en 2011 son siège européen au Luxembourg…  et pourrait être tenté d’émettre depuis là-bas. Hors de question, martèle donc Filippetti, qui veut rassurer en affirmant que Netflix devra «se plier aux régulations qui font le succès de nos industries», sans quoi l’Etat dispose de «tout un arsenal de mesures» pour lui barrer la route. De quoi parle-t-elle exactement?

Le financement de la création. En France, les plateformes de SVOD qui réalisent un chiffre d'affaires annuel net supérieur à 10 millions d'euros doivent en verser 12 à 15%. En 2012, selon le CSA, seul FilmoTV était concerné. La force de frappe de Netflix ayant dépassé les trois milliards de dollars en 2013, sa contribution serait appréciée... 

Le quota de 40% d’œuvres françaises. Autre obligation des plateformes de SVOD: compter dans leur catalogue au moins 60% d’œuvres européennes et 40% d’œuvres françaises.

La chronologie des médias. En France, le délai est pour l’instant de 36 mois entre la sortie d’un film en salle et la disponibilité en SVOD, même si le rapport Lescure a préconisé en mai de l’abaisser à 18 mois. Ajoutée au respect du quota d’œuvres françaises, la chronologie des médias est une réelle contrainte pour Netflix, qui serait logée à la même enseigne que ses concurrents, obligée de proposer des films vieux de trois ans, donc souvent déjà sortis en DVD ou diffusés à la télé. «Si Netflix propose des films récents depuis le Luxembourg alors que je n'y ai pas accès, c’est un vrai souci», indique à 20 Minutes le président de FilmoTV. 

La peur du roi des séries

Netflix sera moins cher… Aux Etats-Unis, l’abonnement est de 7,99 dollars. En Europe, il est de 7,99 euros. Une somme très attractive, et avec laquelle les plateformes de SVOD françaises auront du mal à rivaliser. Aurélie Filippetti a cité CanalPlay Infinity, VidéoFutur, FilmoTV et UniversCiné. Canal Play propose un catalogue accessible en illimité sur télé pour 9,99 euros par mois. L'abonnement illimité de FilmoTV est aussi au tarif de 9,99 euros.

…et imbattable sur les séries. Limité par la chronologie des médias, Netflix n’aura pas de longueur d’avance sur les films. Sur les séries, si. Netflix proposera ses créations originales, comme «House of Cards» ou «Orange Is The New Black». Elle sera surtout très compétitive sur les séries américaines. De quoi menacer les chaînes, bien que chacune ait des contrats avec les studios américains, et surtout Canal+, qui devra compter sur l’amour des spectateurs pour ses séries maisons.

Surtout, les plateformes ne feront pas le poids. «Le CSA donne quelques indications sur les montants investis en droits par les acteurs français de la VOD… en tout petits millions d’euros, écrit le spécialiste de la VOD Pascal LechevallierQuand les achats de droits de Netflix dépassent les deux milliards de dollars en 2013…»

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