Deux journalistes sont dans un ascenseur, à Issy-les-Moulineaux (Hauts-de-Seine). «Ça va ?», lance l'un. «Non», répond l'autre. «Normal, c'est la dernière ligne droite... avant le mur!» Ils gloussent, sortent au premier étage : bienvenue à France 24. Portée par l'Elysée depuis 2002, la nouvelle chaîne française d'information internationale dégoupillera son premier JT, simultanément en français et en anglais, ce soir, sur Internet, à 20 h 30. Et vingt-quatre heures plus tard sur le câble et le satellite.
Hier, c'était la répétition générale, dans le vaste openspace qui sert de rédaction et de plateau d'enregistrement. Un journal en direct chaque demi-heure, un rappel des titres toutes les quinze minutes... «On répète depuis octobre dans les conditions du réel, explique Sara Courageux, chef d'édition. Il faut se coordonner : on travaille en deux langues, avec deux régies, mais on n'a qu'une seule ligne éditoriale.» Laquelle? «Révéler la partie immergée de l'iceberg actualité» à 190 millions de téléspectateurs potentiels. Courant 2007, quatre heures d'antenne en arabe compléteront le dispositif.
Des techniciens turbinent déjà pour construire ce troisième étage de la fusée France 24. Pour l'heure, 170 journalistes de 28 nationalités sont en piste. Et dans cette tour de Babel, «c'est le bordel, blague Mark Owen, présentateur britannique. La semaine dernière, j'ai improvisé tout mon JT : je n'avais pas mon texte, l'imprimante était foutue et le prompteur déconnait... Je m'attends à d'autres bugs!» Une habitude à France 24. La «CNN à la française» a déjà connu moult galères. En cause, son montage financier public-privé. Payée par l'Etat, elle est détenue à parité par France Télévisions et TF1. Un «attelage contre nature», dénoncé depuis trois ans par l'audiovisuel public et des parlementaires de tous bords. Du coup, les têtes ont valsé à la direction de l'antenne... Avant d'autres cafouillages liés au choix de la langue de diffusion et au nom de la chaîne. De ce chaotique feuilleton, le PDG, Alain de Pouzilhac retient «l'histoire d'une belle naissance. Il y a un an, on était trois à discuter dans ma salle à manger. Maintenant, tout s'accélère, j'ai hâte de voir ce qui va en sortir!» Hier, dans le hall de la chaîne, un journaliste ironisait : «Le pire, c'est que ça pourrait marcher!» La magie de la télé...
Christel Brigaudeau