Alexandre Astier: «Les fictions françaises se séparent petit à petit d'une ringardise»

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Publié le 16 septembre 2013.

INTERVIEW - Le père de la série «Kaamelott» a présidé le jury du Festival de fiction télé, qui s’est achevé samedi à La Rochelle. Il confie à «20 Minutes» son regard sur la fiction française…

 En 2002, Alexandre Astier réalisait Dies irae, le court-métrage qui allait inspirer «Kaamelott». Plus de dix ans plus tard, l’auteur, réalisateur et acteur à l’agenda saturé –une série en développement pour Canal+, un projet de série de science-fiction selon Allociné, un autre de long-métrage sur la Bête du Gevaudan et son spectacle «Que ma joie demeure»- a endossé le rôle de président du jury du 15ème Festival de fiction télé de la Rochelle. A l’issue de cinq jours de compétition et au lendemain du palmarès qui a récompensé, entre autres, Meurtre en 3 actes et «Profilage», Alexandre Astier explique à 20 Minutes pourquoi la fiction française va, selon lui, «dans le bon sens».

A la veille du 
festival, dans un édito dans Libération en hommage à Tony Soprano, vous critiquiez en filigrane ces fictions aux «héros fédérateurs», créées pour que le «consommateur» s’identifie…

On ne peut pas fabriquer un héros après une étude de marché. Je n’y croirai jamais. Donner au téléspectateur ce qu'il attend, c'est la pire chose qui peut lui arriver. Un public doit être surpris. La preuve: quand une chaîne essaie de copier le programme d’en face qui a cartonné, elle se plante. Beaucoup de bonnes choses dans la sélection échappent heureusement à ce travers.

Le débat d’ouverture du festival a mis en évidence le fossé persistant entre créateurs d’un côté et patrons de chaîne de l’autre. La Guilde des scénaristes a même organisé un débat sous le titre choc: «La ménagère de moins de 50 ans est-elle une connasse?»…

Il ne faut pas s’étonner que les grands patrons de chaînes aient une culture et une façon d’envisager la grande industrie de la fiction opposées à celles des auteurs. Ce qu’il faut, c’est un langage commun et de l’humilité des deux côtés. Pour les chaînes, qui n’ont jamais écrit de textes, celle de reconnaître que tout ne se mesure et ne se réitère pas, avec l’envie d’aller chercher ce qui s’appelle le talent. Et du côté des auteurs, qui accusent les chaînes de manquer d’audace, il y a une responsabilité aussi, celle de dire non. Et d'accepter les paris: il faut être prêt à ne pas vendre, prêt à ce que ça rate.

Ces cinq jours de compétition vous rendent-ils optimiste pour la fiction française?

Je suis un artisan dans une cabane, la «fiction française», c’est trop gros pour moi! Mais je ne crois pas à une crise. On se sépare petit à petit, dans nos fictions, d’une ringardise, qui devient de plus en plus insupportable et disparaît. Ca va dans le bon sens, ça va se faire tout seul.

Quid des téléspectateurs français qui ne jurent que par les séries américaines?

Les gens regardent ce qu’il y a de mieux, et ce n’est pas chez nous qu’on le trouve, il faut l’admettre sans timidité. Les Etats-Unis font des merveilles, même si 80% de ce qu’ils font sont des daubes qu’on ne voit pas. Mais si on savait faire aussi bien, créer des personnages aussi fouillés psychologiquement comme dans «The Soprano» ou «Boss», les gens regarderaient des séries françaises. Il n’y a pas d’antipatriotisme. On n’est pas encore capable de le faire, donc travaillons humblement avec l’ambition de bouleverser notre public dans des séries dans notre langue, en écho à notre culture.

* Annabelle Laurent

 
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