«On n’en parle pas, c’est un tabou, je sens bien que ça le gêne quand j’aborde le sujet.» Le sujet que Martine n’ose pas aborder avec son fils Adam n’est ni le sexe, ni la drogue mais… «Les Anges de la téléréalité». L’émission de NRJ 12, qui rassemble quotidiennement plus d’un million de téléspectateurs pour 8% de part d’audiences, connaît un succès grandissant parmi les jeunes téléspectateurs mais laisse bien des parents déconcertés.

Pour la cinquième saison, NRJ12 a réuni d’anciens candidats de différentes émissions de téléréalité dans une «villa de rêve», cette fois à Miami, pour qu’ils essayent de réaliser leur rêve américain: devenir top model, acteur, chanteur, DJ… Mardi soir, NRJ12 consacre une soirée spéciale car les Anges vont avoir la visite de Kim Kardashian, une sorte de modèle de réussite pour chacun d’entre eux.

«C’est d’une vulgarité affligeante et je ne comprends toujours pas le principe: c’est un jeu ou c’est une fiction. Ils font quoi exactement?», s’interroge Dorian avec anxiété. Sa fille Luce, 13 ans, n’en manque aucun épisode. «C’est une jeune fille calme, posée, maligne, elle a de bonnes notes et se comporte bien, donc je ne suis pas inquiet. Mais je ne comprends pas pourquoi elle regarde ça.» Luce elle-même ne se l’explique pas: «il faut bien que je me tienne au courant, c’est le truc dont tout le monde parle, voilà.» Adam,  14 ans, confirme: «Dans ma classe, tout le monde regarde. Pendant l’émission, on tweete ou on s’envoie des messages entre amis. Et le lendemain, on en parle. C’est presque plus important que le foot.» 

«A l’époque de Loft Story, les gens au bureau disaient «Oh la la, Loana, qu’est-ce qu’elle est bête! Cette émission, c’est vraiment le vide sidéral.» Et pourtant, tout le monde regardait, pour se moquer, se souvient Martine. Ce qui me dérange vraiment dans "Les Anges de la téléréalité", c’est la vulgarité et la violence verbale. Mais ma fille a l’air de prendre ça pour une fiction.»

Dorian a discuté avec d’autres parents du phénomène: «La plupart ne connaissaient même pas, ils ne savent pas ce que leurs ados regardent. Moi, cette émission me stresse parce qu’ils s’engueulent tout le temps, ils s’hurlent dessus et se traitent de tous les noms pour un oui ou pour un non.» La mise en scène de cette hystérie permanente est justement ce qui plaît aux jeunes téléspectateurs. «Ils sont trop bêtes et méchants, ils sont ridicules, ils n’ont que des défauts, zéro qualité. C’est ça qui est marrant», analyse Ruddi, 16 ans. Sur twitter, d’ailleurs, l’écrasante majorité des messages sur #lesanges sont moqueurs à l’égard des candidats.

Mais ce second degré sévère cache parfois une réelle admiration. «Tout le monde se moque d’eux mais, quand même, ils passent à la télé, on parle d’eux, analyse Pedro. Je suis admiratif parce qu’ils n’ont aucune réelle qualité, ils ne savent pas chanter, danser ou quoi que ce soit. Mais ils sont quand même célèbres.»

«Je ne les admire pas du tout, ils sont idiots» tranche Sofia. Pour elle et ses amies, Nabilla et sa bande représentent tout à fait le genre d’adultes qu’elles ne souhaitent surtout pas devenir. «Moi je déteste les grandes gueules. Dans l’émission, on voit des pétasses tournées en ridicule, ça fait plaisir.»

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