Michel Cordes (Roland) et Sylvie Flepp (Mirta) dans la série  "Plus belle la vie".
Michel Cordes (Roland) et Sylvie Flepp (Mirta) dans la série  "Plus belle la vie". - Fabien Malot

«Plus belle la vie», série phare de l’access de France 3 diffusé dans un unitaire spécial mardi soir en prime time («Petits arrangements avec l'amour») est une moins anodine qu’il n’y parait. Analyse avec Jean-Yves Le Naour, auteur d’un essai sur le feuilleton qui a démarré en 2004: Plus belle la vie, la boîte à histoires, publié par les Presses Universitaires de France.

Naturalisme, polar et même fantastique.
A sa création en 2004, «Plus belle la vie» se voulait inspirée par l’œuvre du cinéaste Robert Guédiguian, la chronique d’un quartier marseillais avec sa solidarité. «On trouve toujours cela. Il y a en ce moment une intrigue où les gens se cotisent pour remettre un hôtel aux normes», remarque Jean-Yves Le Naour. Mais ce naturalisme fait un flop à l’audimat. «Les scénaristes ont ajouté du romanesque, avec des intrigues policières, les crimes se sont généralisés. Il y a eu plus de 100 morts depuis 2004». Parfois, apparaissent quelques touches de fantastique : fantômes, communication avec l’au-delà... «Récemment, on a vu un ange gardien se soucier d’un flic suicidaire», ajoute Jean-Yves Le Naour.

Pas si marseillaise la série.
Au départ, le quartier fictif du Mistral était entièrement tourné en studio. Mais depuis plusieurs années un tiers du tournage a lieu en extérieur, avec des lieux marseillais qui sont nommés. Un équilibre délicat  « Comme la série a vocation à être distribuée dans toute la France et dans les pays européens, on a peur de faire couleur locale.» Exit aussi le fameux accent du Sud, ce qui est très critiqué par les Marseillais eux-mêmes. «Des caractéristiques culturelles permettent toutefois d’ancrer la série dans la ville phocéenne, comme la cuisine.»

Détestée par les extrémistes de droite.
Tout le monde vit ensemble dans le Mistral, pas de communautarisme. «France 3 voulait un programme fédérateur, qui reflète la diversité de la France contemporaine.» Après tout, Marseille a une longue tradition d’accueil de vagues migratoires successives.  Mais la réalité de la société marseillaise voire française ne reflète pas  le volontarisme de la série, détestée par l’extrême-droite qui abhorre ce métissage. »

L’islam, un sujet comme les autres.
Délicat, de parler du thème de l’islam dans les séries françaises? Crainte des amalgames, des réactions d’islamistes … Pourtant «Plus belle la vie» a été la première série à aborder cette religion sans fard, d’évoquer par exemple le voile et d’en faire un sujet de débat. «C’est d’autant plus facile que c’est un feuilleton choral, avec  des gens qui ont des personnalités et dont on peut faire entendre les différentes opinions.» Des musulmans qui ne font pas le ramadan se voient ainsi confrontées à des populations qui viennent d’arriver, avec leurs traditions.

Des homos comme tout le monde.
«C’est difficile de mesurer l’impact d’une série sur ses 5 à 6 millions de téléspectateurs, mais on y voit des homos, des personnages récurrents et sympathiques, qui ont une vie normale, s’aiment, s’embrassent… » En phase avec les débats sur le mariage pour tous, les scénaristes ont introduit l’histoire d’une jeune femme qui se cherchait, tandis que son père avait des propos réacs. Mais ce n’est pas la première fois que la série intègre des thèmes en résonnance avec l’actu : polémique sur les caméras de surveillance, le gaz de schiste, les sans-papiers…

Des clins d’œil à la politique.
La politique, difficile d’en parler franchement dans une série française, sans voir le CSA froncer les sourcils. Mais cette série ancrée dans le réel, «est parsemée de références à la politique, comme la présidentielle. Elle ne pouvait pas rester à l’écart d’un grand rendez-vous des Français. » En 2007, comme en 2012, deux épisodes avaient été tournés en fonction du vainqueur. «Le lendemain de chacune de ces élection, le lundi, on voit des personnages se réjouir et d’autres s’attrister.»

Bien placés les produits.
«
Plus belle la vie est un support qui permet de vendre des produits, car elle est récurrente et quotidienne, elle met en scène des jeunes et des vieux, qui sont des consommateurs type.» Plus belle la vie, c’est la vie quotidienne, c’est consommer, mettre des fringues d’une marque plutôt que telle autre, c’est une bouteille de coca négligemment laissée sur la table… Un placement de produits avec plus ou moins de subtilité. «En ce moment, à deux épisodes d’intervalles, j’ai remarqué qu’ils faisaient leur shopping dans la rue, c’était avec des sacs Afflelou !»

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