Une femme présidente, une autre chef d'un clan mafieux corse. Cette saison, les séries françaises innovent... et se bousculent au portillon du PAF. Malgré un coût moyen de 800 000 e par épisode, une trentaine de nouveaux 52 minutes seront à l'antenne. Une incursion dans une cour jusqu'alors squattée par les Anglo-Saxons. « Nos auteurs sont décomplexés, se réjouit Perrine Fontaine, directrice de la fiction de France 2. Sur la chaîne, le déclic est venu en 2005 avec “Clara Sheller” : si l'affichage d'amours homosexuelles avait fait un fiasco, cela nous aurait freinés. »
Confortée par les 5,8 millions de fans de « Clara », la Deux continue à défricher. L'atteste « L'Etat de Grace », qui met en scène la première femme présidente de la République. Toute ressemblance avec une certaine SR serait purement fortuite... « Enfin, on arrête de ronronner, exulte la productrice Sophie Revil. Grâce à une révolution économique et artistique : les audiences des séries américaines ont rassuré les diffuseurs et une nouvelle génération est arrivée à la tête des programmes ». Symbole de ce renouveau : Fabrice de la Patellière, patron de la « fiction » de Canal. Sous son impulsion, la chaîne diffusera bientôt « Reporters », « une chronique sur les journalistes et leurs relations troubles avec les politiciens, précise l'intéressé. Les reporters ne sont pas tous de grands virils en veste à poches. Il est temps de ne plus mettre en scène des conneries qui font se bidonner les professionnels. » Histoire de traquer les clichés, les scénaristes s'entourent désormais de spécialistes. Elisabeth Guigou ou Anne Hidalgo ont ainsi conseillé l'équipe de l'« Etat de Grace ». Celle de « Sécurité Intérieure » (Canal+), axé sur le contre-espionnage, a sollicité des pros du renseignement. Des avancées certes, mais à petits pas. « Le 52 minutes, tels “Recherche investigation scientifique” (RIS) ou le futur “Paris, section criminelle”, est désormais le format-roi, mais il ne s'agit pas de démolir le 90 minutes plus classique, qui a aussi du succès », note Takis Candilis, Monsieur Fiction de TF1.
Bref, la France ose, mais pas trop. Religion, pédophilie ou absence de happy end restent tabous. « Même si les jeunes flics des “Bleus”, dont nous préparons la saison 2, ou nos cinq séries inédites, restituent au mieux la société, on évite le social ou le réalisme glauque », admet Rose Brandford, directrice de la fiction de M6. « On ne se remet pas comme ça de vingt ans de formatage à la “Navarro” ! » raille Fabrice de la Patellière.
Alice Coffin/Agence page 30