Le site de micro-blogging Twitter.
Le site de micro-blogging Twitter. - NICHOLAS KAMM / AFP

Anaëlle Grondin

«“Qui veut épouser mon fils”, c’est une pure émission à tweeter! Il y a des bonnes vannes, c’est marrant.» Le vendredi, en deuxième partie de soirée, Valérie Damidot, la présentatrice de D&CO, fait partie des nombreux internautes qui s’amusent à commenter la téléréalité de TF1 sur Twitter pendant sa diffusion. La semaine dernière, elle se moquait gentiment de l’un des candidats de l’émission, Julien:

«Je regarde l’émission avec des potes. On la prend comme une télénovela. Mes tweets restent légers, précise l’animatrice. Je ne fais pas dans les critiques sur le physique mais sur l’attitude générale, quand les mecs sont trop machos ou quand les filles font les bécasses.» Mais tout le monde ne se fixe pas les mêmes limites. D’autres utilisateurs du réseau social s’en donnent à cœur joie.

Sans oublier les innombrables commentaires obscènes sur Cindy, une fausse blonde dont le passé d’actrice porno a ressurgi sur Internet après le lancement de l’émission.  

«Live-tweeter des émissions comme “Qui veut épouser mon fils?”, c’est une façon de m’amuser. Le but n’est pas de faire parler de moi, mais de faire rire mes abonnés. Le fait d’être “méchant” ou “négatif” met en avant l’aspect humoristique», nous explique Tilahh,  un internaute. En général, c’est la formule qui claque et qui fait mal qui se retrouve en top tweet, les messages les plus partagés mis en avant sur le réseau social. Cela vaut pour les autres émissions très tweetées comme «La France a un incroyable talent» et, mieux encore, «L’Amour est dans le pré».

Twitter rendrait-il méchant? «Méchant, ça dépend. Mais en tout cas, c’est un concours de bons mots», nous répond Virginie Spies, analyse des médias et sémiologue, qui chronique l’émission chaque semaine. «Ce n’est pas étonnant que les top tweets soient ceux qui clashent le plus. Malheureusement c’est un plaisir naturel, très humain.» François Jost, spécialiste des médias, renchérit: «Twitter permet de faire des commentaires comme à la maison quand on reçoit la bande de copains. Ces programmes sont faits pour le foutage de gueule. Il s’agit souvent pour les internautes de montrer que soi-même, on n’est pas un spectateur naïf et qu’on prend ça au second degré. C’est une attitude de distinction.» Il affirme qu’il y a «une émulation sur Twitter». «On est dans la lettre anonyme instantanée», analyse François Jost. Chose que reconnaît Virginie Spies: «C’est aussi le pouvoir du Web, de l’anonymat. Ceux qui font des commentaires “limites” ne le feraient pas dans la vraie vie.» Selon elle, on peut être encouragé à le faire parce que tout le monde le fait. «Certains ont peut-être l’impression que parce que c’est écrit, ça n’existe pas, et ça ne peut donc pas toucher.»

«Moi, ça ne me touche pas du tout» 

Sauf que cette année, plusieurs candidats de cette saison 2 de «Qui veut épouser mon fils?» ont eu la curiosité de s’inscrire sur Twitter. Ils lisent les commentaires pendant l’émission, répondent aux utilisateurs, font leur promo. C’est le cas de Serge, le père de Julien, qui doit l’aider à choisir parmi ses prétendantes dans l’émission. Certains l’ont traité de «crevard», d’autres de «pervers». «Moi, ça ne me touche pas du tout. Toute méchanceté puise sa source dans la faiblesse, réagit-il. Bien sûr, il y a  des commentaires méchants, mais il y a aussi des choses intéressantes.» Au contraire, l’agent immobilier souhaite profiter de tout ce tapage virtuel autour de l’émission. «Comme j’ai attrapé le virus de la télé, je ne pense pas qu’il y ait une autre solution pour pouvoir entrer dans ce milieu et acquérir de la notoriété», confie-t-il, avant de préciser qu’il rêve de faire des chroniques autour de l’immobilier (méfie-toi, Stéphane Plaza!) ou de participer à une scripted reality, ces téléréalités à moitié scénarisées. «Tous ces tweets [positifs et négatifs] m’ont fait comprendre que j’avais un potentiel», assure-t-il.

Cynthia, l’une des prétendantes de Julien, est également présente sur le réseau social. Elle n’est pas spécialement visée par les critiques, mais admet qu’elle «ne comprend pas les gens qui détestent l’émission et qui perdent leur temps à la critiquer». Elle nous confie: «La production nous a dit qu’il fallait se méfier des critiques, mais on ne nous a jamais parlé des réseaux sociaux.  TF1 non plus. On s’expose, mais après il faut avoir l’intelligence de se dire qu’on ne plaît pas à tout le monde.» Même si François Jost pense que les chaînes de télévision devraient «assurer un suivi et bien expliquer aux candidats ce qui les attend», il affirme: «On n’est plus à l’époque du Loft. Il y a encore des gens qui se font avoir, mais il y a de moins en moins de naïfs dans ces émissions».