Le classement en ZSP risque de tendre une situation compliquée pour la police, déjà très présente au Neuhof.
Le classement en ZSP risque de tendre une situation compliquée pour la police, déjà très présente au Neuhof.

sébastien ruffet

Il nous a posé la question trois fois. « T'es des stup', non ? » Le dernier arrivé de cette bande de cinq, juchés sur leurs scooters dans l'attente du client, se montre le plus sceptique. Rassuré par notre carte de presse, il acceptera ensuite de se livrer un peu plus.
En quelques minutes, quatre ou cinq véhicules ont ralenti à notre hauteur, vitre baissée, avec un petit signe de la main ou de la tête. « 50 euros les deux barres, lui lance Willy*. Tu vois, ici, c'est comme ça. Facile. On peut tout avoir, il suffit de demander. » La valse des deux-roues continue. Notre présence a sans doute été signalée aux caïds du quartier. Armando* est celui qui prend le plus la parole. « Il n'y a pas de travail pour nous. Tu sais, on est tous inscrits à Pôle emploi, mais on n'a rien à mettre sur nos CV. Personne veut de nous. »

1 500 euros en une journée
Le classement du quartier en zone de sécurité prioritaire (ZSP) les fait réagir. « Ils vont sécuriser quoi ? Deux quartiers, et ça va se déplacer ailleurs. Le business sera toujours là. » Un aller-retour mystérieux et Armando revient. « On va se faire contrôler dix fois par jour. Ce sera juste de la provocation, ça va servir à rien. »
A l'arrière de l'ancien quartier Polygone, qualifié de coupe-gorge pendant de nombreuses années, les choses se sont pacifiées. Armando, encore : « Avant, pour se faire du fric, les jeunes faisaient des casses, braquaient des bagnoles. Maintenant, c'est plus calme. C'est tranquille. Le mec qui veut de la came vient, il demande, on lui donne. Il est content, je suis content, et on gêne personne. »
Le mythe de l'argent facile est appuyé par Ahmed*. « En une journée, tu peux te faire autant qu'un mec qui va bosser un mois. Alors pourquoi se casser le cul ? » En poussant un peu, il estime, les bons jours, monter à 1 500 euros, voire 2 000. La discussion est observée depuis un grillage, à quelques dizaines de mètres. Les habitants du quartier ne font même plus attention à ce ballet. Armandoo et Willy en sont convaincus : « Si les flics débarquent avec des Flash-Balls, nous aussi on peut les recevoir. On a déjà des plombs qui sont prêts. »
Finalement, l'échange doit toucher à sa fin sous le conseil de Willy : « Allez, les gars, si un caïd vous trouve ici, vous allez vous en prendre une. » Notre sortie du quartier sera suivie, de loin. Comme depuis le début.

Et pourtant, la police...

Un jeune dealer l'assure, « la police fait son boulot ! Ils nous contrôlent tout le temps. Dès qu'ils voient un client, ils le chopent un peu plus loin. Non, s'ils veulent niquer le business, il faut légaliser et ouvrir des coffee shops. »