Matthias (en haut) a reconnu les faits devant les victimes, dont Fouzia (en bas).
Matthias (en haut) a reconnu les faits devant les victimes, dont Fouzia (en bas). - G. Varela / 20 Minutes

Philippe Wendling

«Vous avez cassé la stèle de mon garçon à coups de pied. Ce n'était pas un chien, mais un bébé de trois semaines », lance Fouzia, en fixant Nicolas Lecureur et Matthias Leyer. Jugés mercredi, les deux hommes, 22 ans, étaient accusés d'avoir profané 35 tombes au cimetière israélite de Cronenbourg en janvier 2010, puis 18 et 37 autres dans des carrés musulmans à la Robertsau et à la Meinau, en juin et septembre de la même année. Egalement prévenu, le cousin de Matthias, Jonathan Husser, 22 ans, était poursuivi pour les deux premiers faits.

« C'est monté de toutes pièces »
Ces profanations étaient « une idiotie pure, bredouille Matthias Leyer. C'était une façon de me donner un genre, de me faire un nom dans le mouvement skinhead » , qu'il dit avoir quitté depuis. Son tatouage « 88 », signifiant « Heil Hitler » chez les néonazis, il va le faire enlever de sa main droite. Des explications, il n'en donne pas plus, mais il précise avoir agi avec ses deux coprévenus.
« Je n'ai rien fait. Je ne suis pas un skin, mais une racaille, je viens d'un quartier », se défend Jonathan Husser, actuellement incarcéré pour vols. Si Matthias a donné son nom à la police, c'est uniquement parce qu'après l'avoir logé plusieurs mois, il allait « le foutre dehors de son appartement ». Après avoir avoué les faits lors de son interpellation en mars 2011, Nicolas Lecureur les nie aussi aujourd'hui. « Tout ça est monté de toutes pièces », clame-t-il, accusant Matthias d'être un indicateur de la police. « Je les ai reconnus pour sortir de garde à vue. Ce sont les flics qui m'ont dit de dire ça », avance-t-il. « Tout le monde vous met en cause et dit que vous étiez un leader », rétorque Sophie Thomann, la présidente du tribunal. « Il n'y a pas de place au doute », poursuit le procureur Marie de Naurois, pointant des données en téléphonie prouvant la présence des prévenus dans le secteur des cimetières lors des faits. Lecureur a écopé de 3 ans de prison dont un avec sursis, Leyer de 3 ans dont 18 mois avec sursis et Husser de 2 ans dont un avec sursis. Aucun mandat de dépôt n'a été prononcé.
Trois mineurs seront jugés prochainement pour les mêmes profanations.