Le papillon dit bombyx du mûrier.
Le papillon dit bombyx du mûrier. - P. BLANCHOT / HEMIS.FR

Fabienne Delaunoy

Imiter les antennes d'un papillon de nuit, ou bombyx du mûrier, pour développer un système de détection d'explosifs, tel est le pari réussi de deux laboratoires du CNRS de Strasbourg et Saint-Louis, en collaboration avec l'Institut franco-allemand de recherche et l'université de Strasbourg. « Il existe déjà des détecteurs d'explosifs mais l'innovation est le taux de détection mille fois plus sensible que nous avons réussi à obtenir », pointe Valérie Keller, chercheuse à Strasbourg.

Une détection ultrasensible
« Le chien a une détection très sensible, similaire à notre résultat, mais il ne peut travailler qu'une heure par jour, précise Denis Spitzer, chercheur à Saint-Louis. Au-delà, son système sensoriel est saturé, alors que dorénavant, grâce à notre découverte nous pouvons détecter des explosifs en permanence, et le système peut être mis en place dans les aéroports ou sur les rails de train. » La principale difficulté pour détecter des explosifs est qu'il s'agit de composés solides, dont les éléments sont très peu volatils dans l'air. « Dans la nature, nous avons trouvé un papillon capable de détecter les phéromones de la femelle à des concentrations très faibles », précise Valérie Keller. « C'est une forme de bio inspiration », ajoute Denis Spitzer.
Quatre années d'études et de recherches et environ dix-huit mois d'application ont été nécessaires pour recréer, à une échelle bien plus réduite, les antennes du bombyx du mûrier sur lesquelles des sensilles, reliées aux neurones sensoriels, captent les molécules dans l'air. « La direction générale de l'armement, cofinanceur avec la région d'une enveloppe de 400 000 €, est très intéressée par l'application de ces recherches », souligne Valérie Keller. Et pour cause, le coût de ce nouveau détecteur serait bien moindre que les machines actuelles. Il « pourrait voir le jour dans deux ou trois ans » et être présenté sous la forme d'un simple boîtier.