Les pièces à conviction du procès.
Les pièces à conviction du procès.

Philippe Wendling

Aux questions de l'avocate générale et du président de la cour d'assises, Joseph Weiss répond souvent à côté. Le quinquagénaire explique ne pas les comprendre ou ne pas les entendre en raison de sa surdité. En revanche, il parle beaucoup. Il veut dire sa « vérité » sur le décès de James Hoffmann, qui était à la fois son neveu et le père des quatre enfants de sa fille Sandra. Lors d'une dispute, le 15 avril 2010 vers midi au Neuhof, il avait tiré deux fois avec une carabine 22 long rifle. Atteint au cœur par la seconde balle, James, 25 ans, n'avait pas survécu. Pris de « panique », Joseph s'était enfui, avant de se rendre à la police le lendemain. Il comparaît, depuis mardi, pour meurtre devant les assises du Bas-Rhin.

« Il m'a dit de manger mes morts »
Les problèmes entre ces deux hommes n'étaient pas nouveaux. Joseph reprochait, notamment, à la victime de frapper sa fille. La veille du drame, celle dernière avait préféré dormir, avec ses enfants, chez ses parents. « James est alors venu devant chez moi. Il m'a insulté. Il a juré les morts, m'a dit de manger mes morts. Chez nous les gitans, c'est grave ça », raconte l'accusé, qui ce soir-là avait déjà sorti son fusil, mais tiré en l'air. Le lendemain, James, accompagné de son père, était revenu au domicile des Weiss. « Il a de nouveau juré les morts, m'a provoqué, dit Joseph. Il m'a jeté des cailloux et voulait me taper avec un truc [club] de golf. J'ai pris le fusil et j'ai tiré dans sa direction. Mais je ne voulais pas le tuer, juste lui faire peur et mal. »
« Qui me dit que vous ne mentez pas ? », l'interroge Annyvonne Balança, l'avocate générale, pointant que durant l'instruction Joseph avait donné plusieurs autres versions des faits. Parmi elles, que le coup de feu était parti accidentellement après qu'il ait cogné le fusil contre la porte de son garage. « Je suis connu, mais je ne suis pas un meurtrier », lance l'accusé, dont le casier judiciaire porte une trentaine de mentions, donc certaines pour violences avec arme. « Pour Monsieur Weiss, alors que dans la communauté gitane tuer est un tabou, dire qu'il a enlevé la vie à son neveu sans le vouloir est important », avance son avocat, Matthieu Airoldi. Verdict ce mercredi soir ou jeudi matin.