Cécile Corallini, mardi, en pleine distribution de tracts sur la place du Marché au Neudorf.
Cécile Corallini, mardi, en pleine distribution de tracts sur la place du Marché au Neudorf.

Arnaud Guiguitant

Dix heures mardi matin. A l'entrée du marché couvert du Neudorf, plusieurs membres du collectif Osez le féminisme 67 préparent leur opération. Ils ont tout prévu pour se faire entendre : badges à la boutonnière, tracts en mains et discours de circonstance pour dénoncer « de manière ferme » l'abrogation de la loi sur le harcèlement sexuel.
« Quand j'ai appris ça vendredi dernier, je n'y ai d'abord pas cru, explique Cécile Corallini, animatrice à l'association. Les conséquences sont graves : en clair, toutes les procédures pénales actuellement en cours pour harcèlement sexuel sont annulées. » Selon elle, c'est la place de la victime qui est remise en cause. « Vous imaginez le courage qu'il faut à une femme pour aller porter plainte. Ce courage-là est aujourd'hui nié, tout comme son identité de victime », poursuit-elle.

Sujet tabou
Mardi, l'objectif du collectif, créé en novembre dernier à Strasbourg pour informer les femmes de leurs droits, était d'alerter l'opinion publique sur les conséquences de la décision du Conseil constitutionnel. Dans les allées du marché, l'accueil fut pourtant mitigé. « Ce problème m'interpelle, mais il y a des problèmes de société beaucoup plus importants », rétorque cette femme, en refusant le tract. Selon Cécile Corallini, le harcèlement sexuel est encore un sujet tabou. « Peu de femmes osent porter plainte par peur des pressions de leur supérieur hiérarchique, par peur de perdre leur emploi ou de ne pas être crue », ajoute-t-elle, précisant que 722 plaintes avaient été déposées en France l'an dernier, mais qu'aucun dossier local pour harcèlement n'était traité par l'association.
Reconnaissant que la loi était « trop vague », le collectif, composé de 25 membres, entend maintenant militer pour obtenir « le plus rapidement possible » une nouvelle loi. « Cela risque de prendre entre neuf mois et un an. D'ici là, comment seront prises en charge les plaintes des victimes ? » s'inquiète Cécile. D'autres actions à Strasbourg ne sont pas à exclure.