Haut-Rhin : Après la mort d'une centaine de vaches laitières près d'une usine chimique, faut-il s'inquiéter?

SANTE Malgré une ultime réunion en sous-préfecture de Thann, les raisons pour expliquer la mort de 150 vaches dans une ferme du Haut-Rhin restent une source de conflit entre des associations environnementales et une usine chimique proche de la ferme…

Gilles Varela

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Illustration vaches laitières.

Illustration vaches laitières. — Sarah ALCALAY/SIPA

  • Un éleveur à Roderen dans le Haut-Rhin à perdu son cheptel de vaches, mortes pour des raisons inexpliquées malgré des analyses officielles.
  • Le résultat des recherches d’associations environnementales diverge de celles officielles et les raisons qui pourraient expliquer la mort des vaches n’ont toujours pas été trouvées malgré une nouvelle rencontre en sous-préfecture de Thann.

En trois ans, un agriculteur de Roderen près de Thann dans le Haut-Rhin a vu son cheptel de vaches laitières décimé. Au total, 150 d’entre elles sont mortes ou ont été abattues entre 2014 et 2016, touchées par « une sorte de grippe ». Une hécatombe restée inexpliquée, malgré plusieurs analyses officielles.

Une mort sans explication jusqu’à ce que les associations environnementales Pingwin Planet et Acces, mais aussi la Confédération paysanne d’Alsace, relatent le 9 novembre dernier les recherches d’un journaliste scientifique Suisse, Michael Loeckx. Des recherches qui pointent du doigt une usine chimique située à quatre kilomètres de la ferme et qui produit des nanoparticules de dioxyde de titane.

« Nous essayons d’expliquer cette maladie des vaches. Notre objet n’est pas d’inquiéter inutilement les populations, nous évitons les spéculations mais nous restons extrêmement vigilants sur ce qui se passe », assure Régis Absolu, président d’ Actions citoyennes pour une consommation écologique et solidaire (Acces).

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Un mauvais cocktail ?

Sans établir un lien direct entre dioxyde de titane et mort des vaches, cette « piste » locale pourrait cristalliser à l’avenir les multiples polémiques qui agitent la communauté scientifique et la législation sur les nanoparticules. Bataille des analyses scientifiques, bataille des conclusions.

Selon l’expertise de Michael Loeckx, révélée par le site d’information environnementale Reporterre, des nanoparticules de dioxyde de titane étaient présentes dans l’air en grande quantité aux alentours de la ferme, ce qui pourrait être une piste pour élucider le mystère. Contactée par 20 Minutes, l’entreprise Cristal,  pointée du doigt par cette expertise, rappelle que les « services de l’Etat se sont saisis du sujet, ont mené des études poussées qui ont conduit à mettre le site hors de cause. » Elle ajoute être étonnée par la situation et précise « qu’il y a d’autres fermes qui sont plus proches encore de l’usine », et que « les bêtes vont très bien, même des vaches laitières. »

Dans un communiqué, elle répond à ces « allégations qu’elle conteste formellement » en rappelant « qu’elle produit du dioxyde de titane depuis 1922 et qu’aucun autre cas similaire de décès d’animaux n’est connu à proximité du site ».

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Un mauvais cocktail ?

Lors d’une nouvelle réunion- prévue de longue date- le 13 novembre dernier en sous-préfecture de Thann avec les autorités, l’Institut national de l’environnement industriel et des risques (INERIS) a présenté ses dernières conclusions, communiquées par la préfecture. Elles rapportent que « les analyses d’air, d’eau, de sols, les autopsies vétérinaires, les recherches sur les fourrages et l’alimentation en eau n’ont pas mis en évidence des concentrations susceptibles d’être la cause des symptômes », concluant ainsi ses recherches.

« On nous dit que les vaches étaient parquées dans un local situé sur une ancienne décharge connue, qui a été vidée de son contenu il y a une cinquantaine d’années et qu’il pourrait y avoir eu une émanation de gaz, précise Régis Absolu. On veut bien entendre que cela a pu avoir, aussi, un impact sur la santé animale, peut-être est-ce la combinaison des deux, un mauvais cocktail, (nanoparticules et gaz), on n’exclut rien. Mais les conclusions présentées par l’INERIS n’aboutissent pas aux mêmes résultats que celles de Michael Loeckx. On les confrontera dans un avenir très proche. Avec les services de la DREAL et la sous-préfecture notamment, où ils seront détaillés. Quoi qu’il en soit on ne connaît toujours pas ce qui a causé la maladie des vaches. »