Fessenheim: «Bilan satisfaisant» pour la centrale, mais le gendarme de la sûreté nucléaire attend une «clarification»

NUCLEAIRE A l’occasion de son bilan sur l’état de sûreté et de radioprotection dans le Grand Est, l’Autorité de sûreté nucléaire a déploré une « incertitude sur la feuille de route » concernant la centrale promise à la fermeture…

Alexia Ighirri

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Centrale nucléaire de Fessenheim. Le 20 11 2008

Centrale nucléaire de Fessenheim. Le 20 11 2008 — G. VARELA / 20 MINUTES

Le moins que l’on puisse écrire, c’est que la fermeture de la centrale de Fessenheim n’est pas un long fleuve tranquille. La fermeture de la doyenne des centrales nucléaires françaises, promise par François Hollande pour 2016, se fera à partir de 2019 selon un décret publié au Journal officiel en avril. « L’autorisation d’exploiter la centrale nucléaire de Fessenheim est abrogée », prévoit l’article 1er du texte, mais le décret stipule que fermeture se fera « à compter de la date de mise en service de l’EPR de Flamanville ».

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De son côté, l’Autorité de sûreté nucléaire (ASN) dit encore être dans le flou et elle n’aime pas trop ça. Elle l’a fait savoir, par l’intermédiaire de Pierre Blois, chef de la division strasbourgeoise de l’ASN jeudi : « Il y a une grosse incertitude sur la feuille de route ».

Le gendarme du nucléaire demande à EDF et à l’Etat de « clarifier rapidement » l’avenir de la centrale haut-rhinoise, pour pouvoir planifier des opérations de maintenance et des investissements de sûreté.

« Jusqu’à nouvel ordre, le niveau d’exigence est le même que pour le reste du parc. Le fonctionnement et les attentes de mise en conformité sont les mêmes, poursuit Pierre Blois. Si des travaux sont à prévoir pour que Fessenheim reste au niveau, il faut commencer à les préparer maintenant. Il nous faut une meilleure visibilité pour anticiper la question de la sûreté. »

Pas de démobilisation du personnel

Malgré l’incertitude décriée par l’ASN, cette dernière n’a « pas observé une démobilisation du personnel pour le moment. Mais il faut s’assurer qu’il n’y ait pas de démobilisation à l’avenir ».

La fermeture de la centrale doit pourtant fermer à l’horizon 2019. « Le décret pris par le ministère a un point d’interprétation selon lequel Fessenheim fermera quand Flamanville fonctionnera. La décision politique ne nous intéresse pas. Ce qui nous intéresse c’est comment encadrer le processus réglementaire du démantèlement au niveau de la sûreté », répond le chef de la division strasbourgeoise de l’ASN.

Le scénario de fermeture dans trois ans est pris en compte à l’ASN. Pour « enclencher le processus » néanmoins, des documents composés d’éléments techniques doivent encore être fournis par EDF au gendarme du nucléaire. Pour un feu vert définitif.

Fessenheim plutôt bien placée dans le parc français

En attendant, l’autorité de sûreté a tiré le bilan 2016 de ses inspections à Fessenheim. Un résultat « satisfaisant » pour une centrale « plutôt bien place par rapport à la moyenne du parc EDF ».

Dans un contexte toutefois particulier : la durée de fonctionnement des réacteurs a été limitée l’an passé, en raison notamment d’une anomalie détectée sur un générateur de vapeur d’un réacteur présentant une irrégularité de fabrication à l’usine Areva du Creusot. Le réacteur est à l’arrêt depuis juin 2016.