Strasbourg: Réaménagement des quais, «ça va durer encore longtemps ?»

URBANISME Malgré l’entrée dans une phase importante du réaménagement du quai des Bateliers, certains commerçants commencent à trouver le temps long…

Gilles Varela

— 

Travaux quai des Bateliers Strasbourg le 05 10 2017.

Travaux quai des Bateliers Strasbourg le 05 10 2017. — G. Varela / 20 Minutes

  • L’exécutif strasbourgeois a fait un point étape jeudi sur le chantier du quai des Bateliers.
  • Un chantier qui «traîne en longueur» avec des moyens mis en œuvre pas à la hauteur du projet selon l’association des commerçants du quai des Bateliers.

 

Commerçants qui se lamentent, riverains qui s’impatientent, lettre de l’opposition en la personne de Fabienne Keller dénonçant des passages dangereux, circulation anarchique… Quoi qu’il en soit, le maire, Roland Ries, et l’adjoint en charge du dossier, Olivier Bitz, ont tenu à faire un point presse in situ sur le projet de réaménagement du quai des Bateliers.

Un point d’étape important car le chantier « rentre dans une phase symbolique », a souligné l’élu, avec la destruction de l’encorbellement qui soutenait l’extension de la chaussée et datait des années cinquante. L’occasion aussi de rappeler que c’est un chantier qui va bien au-delà d’un simple réaménagement urbanistique et qui devrait permettre de repenser la ville : « On sort des logiques anciennes des années soixante et soixante-dix, l’ère sous Pompidou où la ville était pensée en fonction des voitures, du stationnement, estime le maire. On ne peut pas laisser déferler sur nos villes les voitures, autoriser un trafic de transit dans un secteur au fort intérêt historique et patrimonial qui n’était pas mis en valeur. »

« On fait chef de chantier »

Oui mais voilà. « Deux ans de travaux, c’est intenable », se lamente la présidente de l’association des commerçants du quai des Bateliers, Marine Christophe. Et ce n’est pas l’annonce de l’interdiction totale de circulation qui sera mise en place du 16 octobre au 23 novembre, pour accélérer les travaux avant la période de Noël, qui satisfait la commerçante. Insuffisant pour les commerçants qui estiment « des moyens trop modestes engagés et la désorganisation ambiante », comme en témoigne Martine, géante d’un magasin de prêt a porté. « Il y avait un trou énorme devant ma porte. Les ouvriers pensaient que j’étais fermée, mais non. On fait chef de chantier. Il faut aller voir les uns, les autres. »

Pire encore ajoute Marine Christophe. « Il y a 50 responsables mais tout le monde se rejette la balle. Mais rien, comme si nous devions être contents d’un tel projet et c’est tout. Ils auraient dû mettre le paquet, enchaîne la commerçante. C’est un chantier important, ils devraient y avoir des équipes qui tournent et travaillent toute la journée, ce qui est très loin d’être le cas. » Un avis que ne partagent pas du tout d’autres commerçants directement concernés aussi par les travaux, moins nombreux il est vrai, comme Sébastien Gillmann, pâtissier : « Cela va raccrocher l’hypercentre à la Krutenau. C’est une autre façon de vivre la ville, de l’étendre, l’apaiser. Cela va changer, comme ma clientèle qui pourra venir tranquillement avec des enfants, sans la peur des voitures. D’ailleurs mes pâtisseries vont évoluer en ce sens. Il faut patienter, ça vaut le coup. »

>> A lire aussi : Strasbourg: Le quai des Bateliers sera prochainement totalement coupé à la circulation

Une agréable surprise ?

Un « horizon apaisé », « des lenteurs », « un manque de moyens », qui préoccupent toutefois l’association des commerçants. « Ça va durer encore longtemps ? ils font, ils défont », s’interroge Choi, gérant d’un restaurant chinois qui espère voir rapidement le bout du tunnel. « Au final, cela va satisfaire les commerces de bouches qui vont pouvoir installer des terrasses, la restauration rapide comme partout en ville. Mais beaucoup de petites enseignes indépendantes ont disparu. La zone de rencontre, avec au moins un sens unique pour les voitures (obtenu avec difficulté), va certainement augmenter la fréquentation des passants le soir et le dimanche, pour des balades, mais ce n’est pas là que l’on travaille, prédit Marine Christophe. Les centres-villes meurent petit à petit. Mais je ne demande qu’à être agréablement surprise. »

Et pour le savoir il faudra attendre le printemps pour voir la première tranche terminée (du pont Sainte Madeleine au Pont du Corbeau) et jusqu’à début 2019 pour l’ensemble du projet.