Passer trois semaines aux Bahamas, à la rencontre des cétacés en compagnie de spécialistes mondiaux de l’apnée et le tout rémunéré, ça vous tente ? C’est le rêve que vient de vivre Benoît Lichté, réalisateur strasbourgeois de films documentaires. Mais derrière la carte postale, se cachent bien évidemment beaucoup de travail, d’abnégation, mais surtout des innovations pour ce passionné d’images. Depuis trois ans, il s’est spécialisé avec la société de production strasbourgeoise Seppia, dans la réalisation de films en réalité virtuelle (VR) en vidéo à 360° et ça cartonne.

Après des séries documentaires pour France Télévisions, les jeunes précurseurs de cette technologie ont été sélectionnés pour leurs films dans plusieurs festivals de renoms comme celui de Tokyo, Toronto, Thessalonique, Adélaïde,ParisScience… et même en présélection à la Mostra de Venise.

Son nouveau documentaire, Dolphin man VR

Depuis le 25 septembre, l’application Arte 360° VR diffuse (gratuitement) son nouveau documentaire, intitulé Dolphin man VR (présenté également dans la salle dédiée à la réalité virtuelle du cinéma Mk2 Bibliothèque à Paris). Une série de trois films de 6 minutes, sur l'apnée tournés à la demande d’Arte et aux Bahamas – au trou bleu, profond de plus de 200 mètres – pour un budget d’un peu moins de 200.000 euros.

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Une véritable plongée (20 Minutes l’a testé) dans l’univers de l’apnée au milieu des dauphins et des requins. Le tout en compagnie de deux champions de la discipline, le Néo-Zélandais William Trubridge et la Britannique  Sara Campbell, héritiers du célébrissime Jacques Mayol (l’homme dauphin du film Le grand bleu), mais aussi d’un ingénieur et biologiste, Fabrice Schnöller, qui développe un programme informatique unique au monde pour décrypter le langage des cétacés.

Du temps, du travail et une grosse postproduction

Une des particularités du jeune réalisateur, ancien du lycée Kléber, est de faire partager sa passion pour les sports extrêmes mais aussi de s’interroger sur les sportifs de haut niveau, leurs relations à l’image, leurs prises de risques. Il a d’ailleurs déjà réalisé, toujours en film VR, Le goût du risque pour France Télévisions. Pour l’instant, avec Seppia, il explore tous les jours un peu plus le monde de la réalité virtuelle, une technologie toute jeune mais en devenir. « C’est un contenu pionnier et cher car nous préférons et privilégions la qualité au spectaculaire », ce qui peut effrayer les financiers, confie Benoît Lichté.

« Nous tournons avec six caméras en même temps. Alors cela demande un gros travail de postproduction, d’autant plus que lorsque nous filmons sous l’eau, nous n’avons pas d’images retour. A 360°, il faut particulièrement faire attention à ne pas être dans le champ et que cela soit raccord. Il faut donc dérusher sur place et faire des ajustements directement sur les lieux du tournage. Il faut coudre pour assembler les images et que cela soit cohérent. Ça peut faire de très longues journées », raconte Benoît Lichté qui ne compte jamais ses heures.

Strasbourg le 02 octobre 2017 Benoît Lichté réalisateur de films documentaires VR à 360° dans les bureaux de Seppia, les producteurs du film.
Strasbourg le 02 octobre 2017 Benoît Lichté réalisateur de films documentaires VR à 360° dans les bureaux de Seppia, les producteurs du film. - G. Varela / 20 Minutes

Autre difficulté, à laquelle la jeune équipe a dû faire face : le son. « Dès que l’on filme en VR, il faut anticiper chaque plan pour capter l’attention de l’oreille du spectateur selon l’endroit où il regarde, il faut une véritable stratégie. Et c’est une difficulté supplémentaire dans les documentaires animaliers, où cela bouge beaucoup. Il faut ensuite des logiciels très puissants en postproduction et du temps. » Et du temps, Benoît Lichté en a de moins en moins. Il travaille déjà sur sa prochaine réalisation, un documentaire subaquatique, en 360 °évidemment.