Elections en Allemagne: Mais qu’est-ce qui fait le succès d’Angela Merkel?

POLITIQUE Angela Merkel a de grandes chances de briguer un nouveau mandat de chancelière lors des élections législatives ce dimanche…

Gilles Varela

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Angela Merkel et Emmanuel Macron lors d'un congrès à Trieste le 12 juillet 2017.

Angela Merkel et Emmanuel Macron lors d'un congrès à Trieste le 12 juillet 2017. — AFP

  • Les élections législatives en Allemagne se déroulent ce dimanche.
  • Une nouvelle fois, Angela Merkel a de grandes chances d’être reconduite comme la chancelière de la quatrième puissance économique mondiale.

C’est l’Allemande dont tout le monde parle. Elle fait souvent la Une de la presse internationale. Elle a même été élue femme de l’année 2015 par le prestigieux magazine américain Time. Non, ce n’est pas la top model Heidi Klum, ni Claudia Schiffer ou la Deutsche Qualität ! Mais Angela Merkel, la chancelière aux commandes depuis 2005 de la quatrième puissance économique mondiale et qui a toutes les chances de rempiler pour un quatrième mandat lors des élections législatives de ce dimanche, tant sa popularité semble grande… et l’opposition faiblarde.

Un choix qui pourrait être évident au vu des succès électoraux récoltés par la chancelière ces dernières années mais qui, à y regarder de plus près, ne serait pas si simple. 20 Minutes est allé à la rencontre d’électeurs allemands à Kehl, petite ville en face de Strasbourg, juste de l’autre côté du Rhin, pour essayer de comprendre le « phénomène » Angela. Une ville qui a tendance à voter pour le CDU d’Angela Merkel et dont est issu son maire, Toni Vetrano. Une ville du Bade-Wurtemberg qui a un ministre vert (mais proche des idées de la CDU).

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« Une femme respectée qui représente l’Allemagne »

Voilà donc 12 ans qu’Angela Merkel semble indéboulonnable malgré des tempêtes comme ce fut le cas avec sa décision « d’ouvrir ses portes aux migrants », faisant trembler les murs de son propre parti. Un succès que relativise mais reconnaît Barbara, 77 ans, qui est très nuancée sur la question. « C’est une femme respectée par les autres dirigeants du monde entier. Mais pour nous, c’est plus difficile. Elle traite avec les gens qui ont de l’argent mais pas avec les pauvres. Les loyers augmentent toujours, c’est de plus en plus difficile de trouver un logement pour les classes moyennes, la population vieillit et les personnes âgées ne sont pas vraiment aidées. Mais elle sera à nouveau chancelière car c’est l’économie du pays qui prime par-dessus tout. »

Peu importe pour Katja, une quadragénaire qui travaille en France et vit à Kehl. Elle reconnaît être « plutôt fière » de voir l’Allemagne représentée par Angela Merkel. « Et finalement, même si les gens lui font des reproches, ils finissent par voter pour son parti, parce qu’elle est fédératrice. C’est une femme au passé et des expériences riches et variées. Elle est discrète, comme son mari que l’on ne voit jamais. C’est son choix et elle s’y tient, comme toujours. Et au moment de voter, nous sommes finalement d’accord avec elle. »

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C’est le cas d’Aydn, père de famille de 41 ans d’origine turque : « Ce qui me met en colère, c’est les ventes d’armes sur les zones de guerre. Ça crée de l’immigration, et l’immigration créée des problèmes de racisme. » Une déception nourrie également par le « ressentiment envers la Turquie » qu’il prête à la chancelière. Mais qui ne l’empêche pas de conclure que « la coalition SPD-CDU est la meilleure équipe pour l’Allemagne ». Car elle est aussi un rempart au populisme de l’AfD. Le parti d’extrême droite qui, pour la première fois, devrait rentrer au gouvernement, le vote à la proportionnelle aidant. « Mais une coalition avec les écologistes est toujours possible. Elle fait des alliances et vampirise toutes les bonnes idées à son profit, explique un commerçant, sauf celles de l’AfD évidemment. C’est pour ça aussi qu’on votera pour elle, car elle sait y faire… et qu’il n’y a pas grand-chose en face. »

Le véritable enjeu des élections, la coalition

Alors, l’actuelle coalition gouvernementale entre CDU-CSU (droite démocratie chrétienne) et le SPD, mené aux élections par Martin Schulz (gauche social-démocrate) pourrait-elle voler en éclat dimanche ? Jana, mère de famille de 38 ans n’est pas loin de le penser et elle est curieuse de voir avec qui Angela Merkel va devoir gouverner. « Ce sont les Européens qui donnent à Angela beaucoup de crédibilité. C’est l’économie qui est la force de ce gouvernement mais il y a beaucoup d’emplois précaires et s’il y a peu de chômage, je ne suis même pas sûre que ce soit le fruit de ce qu’elle a fait. »

Pour Georg, sa force tient surtout dans sa manière de gérer les crises. « Elle n’est pas agressive, elle est stable et rassurante, une femme intègre, sans ego particulier et qui travaille pour l’intérêt général. Mais qu’elle ne donne pas assez de place à la concertation, et les choses sont parfois mal expliquées aux Allemands, comme ce fut le cas pour la crise avec la Grèce », regrette le quadragénaire. « Elle est prudente et ne prend pas trop d’initiatives pour ne pas être contrecarrée. Si les Allemands votent aussi pour elle, c’est un peu par défaut, parce qu’ils manquent de choix, même s’il est vrai qu’elle rassemble et qu’elle tient le cap. »