Strasbourg: Comment l'université part en campagne contre les «fake news»

EDUCATION Deux enseignants-chercheurs à l’Unistra partent «en campagne contre les idées reçues»…

Alexia Ighirri

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Strasbourg: Comment l'université part en campagne contre les «fake news» hors du campus (illustration)

Strasbourg: Comment l'université part en campagne contre les «fake news» hors du campus (illustration) — Pixabay / Pixel2013

  • Deux enseignants-chercheurs à l’université de Strasbourg ont lancé une initiative baptisée « L’université en campagne… contre les idées reçues ! »
  • Le but est d’aller à la rencontre du grand public, éloigné du campus et du savoir universitaires, pour vulgariser des thèmes d’actualité et lutter contre les « fake news ».

Le savoir universitaire en guise de bâton de pèlerin pour lutter « contre les fausses informations qui circulent sur les réseaux sociaux ou dans une partie du grand public parce qu’elle n’a pas accès à un savoir de qualité ».

Voilà le but, voire le défi, de l’initiative « L’université en campagne… contre les idées reçues » montée par deux universitaires de l’Unistra, à savoir Fleur Laronze et Philippe Gillig, enseignants-chercheurs en droit privé pour la première et chercheur associé au Bureau d’économie théorique et appliqué (Beta) pour le second.

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Le projet est financé par des fonds IdEx (« Initiative d’excellence ») de l’université de Strasbourg et est développé en partenariat avec Rue89 Strasbourg.

Exit les cours magistraux en amphithéâtre et les conférences destinées à un public d’experts. Non, cette fois, l’université sort de son campus pour animer des conférences grand public et interactives en proposant une vulgarisation ou approche scientifique des problèmes de société actuels. Soit 14 rendez-vous répartis sur deux années. Ou plus, si affinités.

Trois publics sont principalement visés : les urbains qui sont toutefois éloignés du savoir universitaire, en se rendant dans les centres socioculturels ou les quartiers ; les ruraux, en se déplaçant dans de petites villes alsaciennes ; les lycéens, avec une première conférence (fermée au public) au lycée de Haguenau le 2 octobre.

« Des clés de compréhension »

Avec la volonté de « donner des clés de compréhension », des faits, des chiffres, pour les aider à décrypter avec justesse et rigueur l’information. Le travail des journalistes, non ? « Ils ne sont plus toujours écoutés et pas toujours audibles dans le bruit ambiant », répond Pierre France de Rue89 Strasbourg.

Et Fleur Laronze d’ajouter : « On fait le constat que les questions qui sont essentiellement posées autour de la loi travail portent sur l’économie. C’est un sujet technique et les universitaires ont aussi un rôle de clarification et de vulgarisation. »

Pour coller au mieux à l’actualité, les deux universitaires ont décidé de débuter leur cycle de conférences sur la loi travail et ses ordonnances. Le prochain rendez-vous sur ce sujet devrait se tenir à Guebwiller le 4 octobre. « Le débat autour de la loi travail était orienté par des économistes, qui ne représentaient qu’une seule branche. Pas un seul universitaire du droit du travail ne s’est exprimé », regrette Fleur Laronze qui souhaite « que l’université joue en fait son rôle de service public ».

Une loi travail qui fait parler

Lors de leur première conférence, lundi au centre socioculturel du Fossé des Treize à Strasbourg, une centaine de personnes était présente pour s’informer ou débattre des ordonnances de la loi travail. « Le CDI est mort », « le Code du travail est un frein », « les licenciements abusifs vont exploser »… voilà quelques propos émis par le public ce soir-là, et discutés durant deux heures.

« Les gens qui ont pris la parole avaient des avis tranchés. Mais deux ou trois fois, nous avons dû expliquer que ce qu’ils avançaient n’était pas la vérité », raconte Philippe Gillig. Il cite en exemple la précarité en Allemagne, argument souvent utilisé contre la réforme du Code du travail en France : « Moi-même pour mes recherches je me suis rendu compte d’à quel point cette image de l’Allemagne est vraiment exagérée. Même s’il ne s’agit pas de dire que tout est rose ».

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Le cycle de conférences suivant portera sur les questions de migrations et devrait commencer en novembre. Puis il sera sans doute question du logement. Selon l’actualité, les universitaires pourraient toutefois modifier leur programme, détaillé sur leur page Facebook.

20 Minutes est partenaire de Facebook pour lutter contre les fake news. Grâce à ce dispositif, les utilisateurs du réseau social peuvent signaler une information qui leur paraît fausse. Vous pouvez contacter l’équipe en écrivant à contribution@20minutes.fr.