Strasbourg: Des dizaines de «radiés» n'obtiennent pas gain de cause au tribunal d'instance

PRESIDENTIELLE Engagé depuis deux semaines, le parcours du combattant d'électeurs radiés des listes à Strasbourg s'est poursuivi et beaucoup d’entre eux n'ont pas pu voter lors du second tour…

Clément Carpentier et Gilles Varela

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Illus presidentielle Strasbourg le 7 Mai 2017

Illus presidentielle Strasbourg le 7 Mai 2017 — G. Varela / 20 Minutes

  • Des dizianes de personnes radiées des listes électorales espèraient pouvoir s'inscrire ce dimanche après une décision de la cour de cassation
  • Peu ont eu cette chance auprès du tribunal d'instance et nombreux sont les radiés encore déboutés qui vont à nouveau faire un recours en cassation

Ils espéraient enfin réussir à voter lors de cette élection présidentielle. Des dizaines de Strasbourgeois « radiés du premier tour » ont mené depuis le premier tour un parcours du combattant pour pouvoir glisser un bulletin dans l’urne deux semaines plus tard, ce dimanche.

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Vendredi, ils avaient même obtenu un avis favorable de la cour de cassation. Depuis, ils tentent de se réinscrire sur les listes électorales après un changement d’adresse non signalé (parfois depuis 15 ans), un courrier non reçu, une confusion… Mais c'est finalement loin d'être gagné.

Une avocate pour se défendre

Après être passés par un bureau spécialement ouvert de Eurométropole, de nombreux « radiés » se sont rendus au tribunal d’instance dimanche pour faire valider leur réinscription. Me Sandra Isly, avocate elle-même radiée des listes électorales et qui aide bénévolement les autres personnes dans son cas, ne comprend pas.

« Un arrêt du 5 mai 2017 disait que le recours restait ouvert et que l’on pouvait le déposer jusqu’au jour du scrutin, c’est-à-dire jusqu’à dimanche soir 20h, explique patiemment l’avocate aux personnes présentes. De plus, un jugement du tribunal d’instance de Strasbourg datant du 4 mai 2017 a retenu que la commission administrative électorale de la ville de Strasbourg avait commis une erreur, en nous adressant des courriers à une adresse erronée… alors qu’elle avait connaissance de notre adresse par le biais d’avis de taxes d’habitation, de frais de cantines, périscolaires ou de stationnement résidents. »

Mais voilà, rebelote, « non, votre demande est refusée », peut-on entendre dans lehall du tribunal d’instance, assailli par des radiés qui ne comprennent toujours pas pourquoi. La juge n’a « statué que sur la régularité formelle », explique Sandra lsly. Et sur la simple absence d'inscription à la bonne adresse avant le 31 décembre, pas sur le fond... Avec ce refus, c’est la majorité des demandes qui n'ont pas été acceptées ce dimanche. Adieu les élections présidentielles, voire les législatives.

Ne sont acceptées que deux types de demandes : si la notification par courrier a été oubliée ou s’il y a eu une confusion sur le nom marital.

Colère et incompréhension

Entre incompréhension et colère, certains ont préféré quitter les lieux alors que d’autres ne veulent toujours « rien lâcher ». Une bonne partie des personnes concernées, regroupées dès le premier tour sur les réseaux sociaux comptent en effet introduire un nouveau recours en cassation.

C'est ce que confirme Martin, un autre électeur dans cette situation, et mobilisé depuis le dimanche 23 avril : «Notre équipe d'avocat ira jusqu'au bout. (...) Loin de s'essouffler notre mouvement touche de plus en plus de monde.»

D’autres affirment que le judiciaire ne suffit pas et que c’est au défenseur des droits lui-même à qui il faut s’adresser, car cela relève aussi « d’un gros problème de dysfonctionnement du système public ». Certains disent ne pas comprendre « cet acharnement de la ville alors que dans d’autres communes, les listes électorales ont été rouvertes, tout simplement. »

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Dépité, Arnaud, qui a finalement décidé d’abandonner confie son écœurement : «C’est comme si on nous retirait notre citoyenneté quelque part, mais aussi un peu de dignité.»