Europe: Mais pourquoi l'Agence européenne du médicament ne viendra pas à Strasbourg?

POLITIQUE C’est finalement Lille (si la France est choisie), qui accueillera l’Agence européenne du médicament. Mais qu’est-ce qui a bien pu pécher dans le dossier strasbourgeois ?

Gilles Varela

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Strasbourg le 14 04 2014. Drapeaux europeens, parlement europenn Strasbourg. Illustrations.

Strasbourg le 14 04 2014. Drapeaux europeens, parlement europenn Strasbourg. Illustrations. — Varela

  • C’est Lille qui a été choisie pour porter la candidature française pour l’Agence européenne du médicament,
  • L’accessibilité de la capitale européenne est une fois de plus contestée

Et voilà. Strasbourg, capitale européenne, n’accueillera pas l’Agence européenne du médicament (EMA). Et malgré un dossier apparemment bien ficelé, c’est finalement Lille qui a eu les faveurs de Matignon… sous réserve que la France soit choisie face aux autres états membres de l’Union européenne pour accueillir l’EMA, obligée de quitter Londres suite au Bexit.

Si le choix de Strasbourg était une évidence pour l’ensemble des élus locaux qui s’étaient d’ailleurs déplacés en nombre pour défendre sa candidature à Paris, la défaite est rude et elle n’est pas sans importance, bien au contraire. Mais que reproche-t-on à la candidature strasbourgeoise ?

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Un problème d’accessibilité

Même si des membres de l’opposition comme le conseiller municipal et de l’Eurométropole Eric Senet reproche à l’exécutif strasbourgeois de ne pas s’être suffisamment « appuyé sur l’entente franco-allemande et l’eurodistrict », il semble bien qu’une fois encore, ce soit le problème de l’accessibilité de la ville qui soit en cause. C’est en tout cas un reproche qui est régulièrement avancé par de nombreux députés européens – les anti-Strasbourg – mais aussi dans les couloirs de l’Assemblée nationale.

Une accessibilité qui a pesé lourdement dans le dossier, ce que confirme le député Eric Elkouby, membre de la mission d’information parlementaire sur les conséquences du Brexit. « Tant que nous n’aurons pas un aéroport digne de ce nom, ce sera difficile. La task force a fait un bon travail, le dossier sur le volet scientifique était parfait, il n’y a rien à redire. Mais le travail doit s’affiner. On doit réunir l’ensemble des opérateurs du transport, train, bus, compagnies aériennes pour travailler sur ce problème de liaisons avec les autres grandes villes européennes. » Pour Catherine Trautmann, de la task force, «le gouvernement doit s’en prendre à lui-même car il n’est pas intervenu dans le problème de la desserte de Strasbourg, il n’est pas intervenu pour empêcher la fin de la liaison aérienne pour Roissy ou Orly.» Des arguments partagés par le président du Conseil général du Bas-Rhin, Frédéric Bierry, qui indique dans un communiqué que « ce qui n’est pas acceptable c’est que le gouvernement soit lui-même responsable des arguments qu’il met en avant pour écarter la candidature de Strasbourg. »

Une épine dans le pied que n’a pas eu à traiter Lille, située véritablement au cœur d’un nœud de transport européen, comme l’a souligné Matignon. Nul doute qu’en étant située à une quarantaine de minutes de Bruxelles en TGV ou 1h de Paris, et surtout à 1h20 de Londres en Eurostar, la capitale des Flandres avait de quoi rassurer et séduire les 900 fonctionnaires de l’Agence européenne – près de 5.000 personnes si l’on compte les agents et les différents experts – qui pourront même, pour certains, conserver leur domicile à Londres et venir travailler à Lille. Imbattable…

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Une offre immobilière déjà en place

Autre point noir, l’offre immobilière qui devait accueillir l’EMA. C’est d’ailleurs pour Catherine Trautmann, qui a coordonné le dossier de la candidature strasbourgeoise, ce qui a fait principalement défaut. Dans un communiqué, partagé par le maire Roland Ries et le président de l’Eurométropole, Robert Hermann, elle affirme que « Lille pouvait proposer une disponibilité très rapide des locaux envisagés ». Lille ayant un bâtiment existant à cinq minutes à pied des gares ou bien la possibilité de disposer d’un foncier en centre-ville constructible dans un délai de 18 mois… Des critères de choix qui soulèvent des interrogations aussi : « Si c’est un choix de proximité par rapport à Londres, alors on pouvait nous le dire tout de suite, s’indigne Catherine Trautmann. On ne peut pas changer la géographie. De toute façon, nous avons démontré notre union. L’objectif est que notre éco-système soit leader en Europe, agence ou pas, et nous allons rebondir. »

Quoi qu’il en soit, après cette douche froide, c’est un coup dur porté à Strasbourg, alors que celle-ci a justement besoin d’être renforcée dans sa vocation européenne. Et pour de nombreux élus, ce choix d’une autre ville « est un mauvais signal » donné à la très discutée capitale européenne.