VIDEO. Présidentielle: Dans le village où Marine Le Pen avait cartonné en 2012, le FN a-t-il toujours la cote?

REPORTAGE Mais que pensent aujourd'hui les habitants d'Uttenhoffen, petit village alsacien où 43,07% des suffrages s'étaient portés sur Marine Le Pen lors du 1er tour de l'élection présidentielle de 2012? «20 Minutes» est retourné à la rencontre de ses habitants...

Gilles Varela

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Uttenhoffen, le 3 avril 2017

Uttenhoffen, le 3 avril 2017 — G. Varela / 20 Minutes

Rien ne semble véritablement avoir changé depuis notre passage en 2012 à Uttenhoffen, village de 200 habitants, situé à une cinquantaine de kilomètres au nord de Strasbourg. Pour l’atteindre, il faut toujours passer trois petits passages à niveau automatisés, emprunter des routes improbables pour un citadin avant de découvrir, à proximité de la voie ferrée rarement empruntée et d’une départementale que l’on entend au loin, ses jolies maisons de couleurs, souvent bleues, ses peintures figuratives sur les façades, ses jardins bien agencés… et le calme. Car ici, il n’y a rien.

Pas de commerces, par de café du coin pour taper le carton. Ici, le seul carton que l’on connaisse, c’est celui de Marine Le Pen lors des élections présidentielles de 2012 où le score du Front national (FN) avait été largement supérieur à la moyenne nationale avec 43,07 % des suffrages. Et aujourd’hui, peut-elle récidiver ?

Uttenhoffen le 3 avril 2017. Un dessin sur une maison traditionnelle.
Uttenhoffen le 3 avril 2017. Un dessin sur une maison traditionnelle. - G. Varela / 20 Minutes

 

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« Pourquoi pas le vote blanc ? »

Serge, 54 ans, rencontré devant son pavillon avec sa femme, est très remonté. Lui qui a voté Le Pen, en 2012, annonce la couleur, et cela ressemble à du blanc, même si elle est « certainement la candidate la plus sérieuse, celle qui pourrait faire quelque chose, les défendre. » Mais ce qui suscite sa colère, c’est François Fillon : « C’est un voleur. Nous, nos gamins, ils n’ont pas de boulot, et on doit tout payer plus cher. On ne m’offre pas des costards à 13.000 euros. Les socialistes n’ont rien fait. Nous, on n’a pas d’allocation et pourtant on n’arrive même pas à faire des courses convenables. »

Regrettant que son pouvoir d’achat diminue comme neige au soleil et « écœuré » par les affaires, il enchaîne : « Mes enfants ne peuvent pas faire construire. Aujourd’hui, je ne pourrai plus avoir cette maison. En votant FN, comme toujours, on lance une pique pour les faire réfléchir. Mais cette fois-ci je ne sais pas. C’est peut-être le vote blanc qui va sortir au premier tour, beaucoup en parlent, mais je ne sais pas. »

« Avec l’Europe, elle s’est tiré une balle dans le pied »

Autre point d’inquiétude, le retrait de l’Europe et le retour au franc. « Ça ne nous intéresse pas. On a peur de ça. S’il y a un truc de bien, c’est l’euro. Avant, en voyage, il fallait trois porte-monnaies. Maintenant, c’est facile. Là, c’est le gros problème du programme de Marine, elle s’est tiré une balle dans le pied », regrette Serge.

Pour Robert, sexagénaire, retraité qui jardine, « Marine, c’est l’unique. » Mais sortir de l’euro, « c’est une connerie. Avec cette idée, elle s’est torpillée toute seule. Cela m’inquiète un petit peu. On voit déjà la merde avec les Anglais. Il n’y a rien pour le petit peuple. Le coût de la vie est trop cher. Les promesses ? Rien à cirer. Elles ne sont jamais tenues et ils en font de plus en plus. Ils ne pensent qu’à eux. Cahuzac, Fillon… ce n’est pas possible. S’ils se réunissent contre Marine, c’est parce qu’ils ont la trouille. Tout le monde va voter FN. Marine va essayer de changer les choses, va-t-elle y arriver ? »

Même inquiétude pour René, ancien employé dans l’industrie, qui vote à droite mais choqué par l’affaire Fillon, qu’il pensait pourtant être le meilleur candidat. S’il reconnaît que le programme de Marine « lui convient bien », la sortie de l’Europe, c’est rédhibitoire. « Cela fait 70 ans que nous avons la paix. C’est l’Europe qui nous l’a amenée. C’est dommage de s’y attaquer. Cela ne veut pas dire qu’il faut tout accepter : il faut s’imposer, être un peu plus brutal. Mais l’Europe c’est la paix et je voudrai bien rester tranquille. Je pense que le vote FN restera stable dans le village, et pour l’instant je ne sais toujours pas pour qui je vais voter. Je vais attendre le débat à onze candidats et entendre les petits. »

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Je ne sais toujours pas

Idem pour Pierre, papa trentenaire. Indécis, le jeune ouvrier admet que le programme de Fillon ne lui convient pas. « Il faut un candidat qui a de la carrure pour négocier avec les Poutine, les Trump. Mais je ne vois pas qui. Je ne sais pas encore pour qui voter. Et le vote blanc, ça ne sert à rien. Voter Marine Le Pen ? Il ne faut pas quitter l’Europe et puis même si l’état d’urgence est une bonne chose, je ne veux pas qu’il y ait trop de sécurité partout. On n’est pas dans une dictature. Ça me dérangerait. Et puis, à Uttenhoffen, c’est tranquille. Pourquoi voter FN ici ? »

Un avis qu’un jeune passant semble en partie partager. Agacé par nos questions, il lance à la volée : « Il n’y a pas que des gens qui votent Le Pen à Uttenhoffen ! »