Meryem a déjà posé quatre demi-journées. En vain. Mardi, cette Marocaine de 26 ans, en France depuis 2011, se rendra à la préfecture du Bas-Rhin une cinquième fois pour tenter de renouveler son titre de séjour. Comme d’habitude. Sauf que cette année, elle n’a pas encore réussi à rentrer dans l’administration située place de la République, à Strasbourg.

Jeudi 30 mars, cette jeune salariée d’une entreprise dans l’informatique s’est pourtant pointée à 7h30, soit 60 minutes avant l’ouverture. Avant de se voir signifier, plus de trois heures de queue plus tard, la fin du nombre de tickets distribués pour la journée. « Alors qu’ils avaient seulement fait entrer une dizaine de personnes de notre file d’attente… », insiste-t-elle.

Des barrières et des queues interminables depuis plusieurs semaines

Là où Meryem est outrée d’une situation jugée « inhumaine » ou d’un traitement estimé « discriminatoire », Ilker, en France depuis 1994 s’interroge, après de longues heures perdues jeudi, dans la fraîcheur matinale, sur la procédure à suivre pour ne pas perdre trop de jours de travail. Et ils sont loin d’être les seuls à se poser la question, entre inquiétude et agacement.

La même scène se répète depuis désormais plusieurs semaines. Des circonstances jamais vues, aux yeux des nombreuses personnes interrogées, habituées jusqu’à présent à attendre à l’intérieur. Secrétaire général de la préfecture, Christian Riguet tente d’expliquer : « Les gens arrivent de plus en plus tôt, et on ne peut pas tous les faire entrer en même temps. »

L’afflux est-il vraiment supérieur cette année ?

Devant ce qu’il voit avant tout comme un « changement d’attitude des gens », cinq files d’attente ont même été mises en place, pour les renouvellements et les retraits de titre de séjour, ou encore les récépissés (ainsi que les permis de conduire).

Avec des barrières pour « éviter les mouvements de foule » de personnes parfois invitées à revenir le lendemain, en attendant que les rendez-vous soient donnés par informatique.

L'affluence est grande devant la préfecture du Bas-Rhin qui filtre les entrées en cinq files d'attente différentes, chaque matin.
L'affluence est grande devant la préfecture du Bas-Rhin qui filtre les entrées en cinq files d'attente différentes, chaque matin. - B. Poussard / 20 Minutes.

« Entre 8h30 et 10h30, il arrive que l’on distribue tous les tickets pour la journée, détaille Christian Riguet. Avec neuf guichets au maximum, la capacité d’accueil est limitée, avec 150 démarches de dépôts de dossier traitées par jour, 200 en retrait et 60 rendez-vous. Il a pu arriver que ponctuellement, tous ne soient pas ouverts, mais les choses progressent. »

Avec, comme autre explication selon lui, une application nationale tombée trois jours en panne qui aurait entraîné un report de l’affluence par la suite : « Cela a créé de l’inquiétude, mais il faut que les gens reprennent confiance. »

Après plusieurs matinées d’attente, beaucoup, comme Nordine, en doutent : « Ce n’est pas possible, c’est voulu, c’est sûr… » Meryem, elle, doit absolument effectuer son renouvellement avant vendredi.