Grand Est: Avec une application, la région veut tenter d'impliquer les citoyens dans sa politique

NUMERIQUE La région Grand Est a lancé mardi une application nommée Imagin'Est pour tenter d'intéresser les citoyens de son territoire à ses choix politiques. Une initiative de démocratie participative mais surtout un sacré pari...

Bruno Poussard

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Sur l'application se trouvent des propositions de la région et d'autres, directement postées par les utilisateurs.

Sur l'application se trouvent des propositions de la région et d'autres, directement postées par les utilisateurs. — G. Varela / 20 Minutes.

En haut de l’application, les propositions du Grand Est. En bas, celles des citoyens de la région. A base de : « La région Grand Est mise-t-elle suffisamment sur les énergies renouvelables ? » Ou de : « Est-ce que la région doit encourager les étudiants en médecine à faire des stages dans les déserts médicaux ? » Maintenant, à vos votes !

Lancée mardi par la collectivité régionale, l’initiative veut réintéresser les habitants du territoire à sa politique en les impliquant dans ses choix. En remplissant une brève description (département, âge et statut), chacun peut désormais, à partir de 15 ans, donner son avis sur certaines questions, ou en envoyer de nouvelles.

La première application du genre de la part d’une région

En la présentant comme « la première application de dialogue entre une région et ses administrés », les élus du Grand Est ne cachent pas leur ambition. Celle de mener une expérience de démocratie participative à travers le numérique. « C’est certainement une vision d’avenir mais ça ne suffira jamais », estime le politologue Richard Kleinschmager.

Pour l’ancien enseignant de l’Institut d’études politiques de Strasbourg, « c’est un moyen de lutter notamment contre l’abstention mais après, est-ce que c’est le bon ? En tout cas, c’est un pari difficile, mais tout ce qui peut essayer de faire revenir les citoyens vers la politique reste le bienvenu. C’est un des grands enjeux d’aujourd’hui. »

Répondre à des sondages ou envoyer des questions

Aux questions en 140 caractères (semblables à Twitter), la région - qui effectue une modération et traque les robots - s’engage à répondre avec ses services en moins de 15 jours. « C’est un outil de pédagogie », défend Bobby Demri, co-fondateur de Gov, à l’origine de l’application, également utilisée par les départements de l’Ain ou l’Essonne.

Pour la faire connaître, le Grand Est compte notamment sur les réseaux sociaux. Preuve qu’elle cible, entre autres, une population jeune touchée par l’abstention. « Sur le terrain, on entend souvent qu’ils veulent être écoutés, illustre Elsa Schalck en charge de la jeunesse. La stratégie pourra être mise en place avec leurs idées et propositions. »

L’accès au numérique en question pour tous les habitants

« Mais tout le monde n’est pas sur un pied d’égalité sur l’accès au numérique », nuance le professeur émérite de l’Université de Strasbourg Richard Kleinschmager. Pourtant, les élus espèrent « rapprocher » les cinq millions d’habitants très différents de cette « très grande région » dixit la vice-présidente chargée du numérique, Valérie Debord.

Deux exemples de questions sur lesquelles chacun peut également voter.
Deux exemples de questions sur lesquelles chacun peut également voter. - G. Varela / 20 Minutes.

Des affiches, notamment digitales, sont prévues pendant trois semaines en ville, comme à Strasbourg, Reims ou Metz. « Il est intéressant de voir combien s’y connecteront dans la diagonale du vide entre les Ardennes, la Meuse et les Vosges, nuance le politologue. Car l’éloignement géographique est aussi social. » Grandeur nature, le test a commencé.