Strasbourg: Pourquoi ni Merkel, ni Hollande ne viendront finalement inaugurer le tram franco-allemand

POLITIQUE La ligne de tramway transfrontalière reliant Strasbourg à Kehl, en Allemagne, sera mise en service le 29 avril…

Alexia Ighirri

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Comment Angela Merkel a planté Strasbourg pour l'inauguration de son tram vers Kehl (Illustration)

Comment Angela Merkel a planté Strasbourg pour l'inauguration de son tram vers Kehl (Illustration) — Steve Bisgrove/Shutters/SIPA

Un « accord de principe » avait été annoncé début 2017. Angela Merkel et François Hollande devaient venir ensemble à Strasbourg pour inaugurer l’extension transfrontalière du tram D vers Kehl, en Allemagne, avant sa mise en service. Ne restait qu’à fixer la date, courant février.

La mise en service de la ligne étant prévue le 29 avril, il est désormais clair que ni la chancelière allemande, ni le président français, ne seront présents. Angela Merkel avait en effet fini par décliner l’invitation « sans raison particulière », grogne le maire strasbourgeois socialiste Roland Ries. L’élu est forcément « déçu » de ne pas avoir eu l’image du président et de la chancelière sur le pont ensemble, prononcer comme prévu « des discours sur la construction européenne à l’heure où l’on veut fermer les frontières et où l’on construit des murs ».

« Il faut relativiser »

Il n’est pourtant guère compliqué de comprendre le choix d’Angela Merkel. L’Allemagne étant entrée dans « une super-année électorale », la chancelière est désormais en campagne en vue des élections législatives de septembre. Et dans un contexte peut-être moins favorable que par le passé pour celle qui occupe le poste depuis 2005 : critiquée dans son camp (l’Union chrétienne-démocrate) pour sa politique migratoire, elle doit notamment affronter le populaire social-démocrate Martin Schulz, ancien président du parlement européen. « Elle est beaucoup moins favorite que les précédentes fois, même si dans l’ensemble elle reste appréciée en Allemagne. Mais c’est vrai que pour la première fois depuis douze ans, on se dit que l’élection sera un peu plus juste pour elle », analyse Antje Gualberto.

La maître de conférences allemande à l’université de Strasbourg appelle à relativiser l’absence d’Angela Merkel : « Ce n’est pas la première fois qu’un tram local traverse une frontière », souligne-t-elle, citant les exemples du tram-train reliant Sarreguemines à Sarrebruck ou de la liaison entre Aix-la-Chapelle et les Pays-Bas. « Avec toutes les frontières qu’a l’Allemagne avec d’autres pays, la chancelière ne peut pas être partout. Et Kehl reste une petite ville allemande. Si elle avait prévu de venir au départ, c’est que ce n’était pas si anecdotique… Histoire de marquer le coup parce que Strasbourg est une capitale européenne. Mais ce n’est pas le sommet du G20 non plus. Il y a sans doute eu des contraintes d’agenda et des choses plus urgentes à gérer », relativise Antje Gualberto.

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Pas de président, ni de ministre français

« J’en avais parlé personnellement à François Hollande, il s’était engagé à venir », renchérit de son côté Roland Ries. L’absence d’Angela Merkel actée, le président de la République a annulé sa venue. Le symbole était de toute façon moindre sans la présence de la représentante allemande, pourtant que « la troisième personne de l’Etat, on a tendance à l’oublier », souligne Antje Gualberto.

Exit donc l’idée d’une cérémonie en amont de la mise en service de l’extension de tram vers Kehl. Le hic ? Programmée le 29 avril, au beau milieu de l’élection présidentielle, cette dernière ne pourra se faire en présence de représentants des autorités de l’Etat français. Ces derniers doivent effectivement respecter une période de réserve électorale.

Peter Altmaier, directeur de la chancellerie allemande, sera présent : « Ce n’est pas rien ! C’est le plus proche collaborateur d’Angela Merkel », ajoute encore la maître de conférences. A noter en revanche que la présidence de la commission européenne n’a pas encore répondu à l’invitation.

Et après les élections ?

Les maires de Kehl et de Strasbourg tentent de (se) rassurer, en affirmant qu’une fois le tram en fonctionnement, il y aura pléthore d’occasions pour réunir symboliquement les représentants des Etats français et allemand. « Le moment venu, peut-être qu’ils chercheront à comprendre ce qu’il se passe ici. On consolide et on fait vivre l’Europe », glisse Roland Ries.

Le Strasbourgeois Jean-Philippe Vetter, conseiller municipal d’opposition (Les Républicains) insiste sur ce point : « Mettons en service le tram puis inaugurons la ligne dans un second temps. Pourquoi pas le 9 mai, jour de la Fête de l’Europe. Le tram transfrontalier mérite une inauguration forte. Sinon ce serait une déception pour le rayonnement européen de Strasbourg. On aurait le coût du projet (environ 70 millions d’euros) sans le symbole ». Sauf que jusqu’en septembre, Angela Merkel sera, elle, toujours en campagne en vue des élections allemandes.

En attendant les officiels, les voyageurs au quotidien du tram pourront, eux, fêter l’ouverture de cette extension lors d’un week-end festif les 29 et 30 avril.