«Salle de shoot» à Strasbourg: Les femmes et la cocaïne fréquentent la salle de consommation à moindre risque

SANTE Après l’ouverture il y a quelques mois de deux salles de consommation à moindre risque à Strasbourg et Paris, le comité de pilotage livre son premier bilan…

Gilles Varela

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La salle de consommation à risque moindre dit salle de shoot. Strasbourg le 7 novembre 2016.

La salle de consommation à risque moindre dit salle de shoot. Strasbourg le 7 novembre 2016. — G. Varela / 20 Minutes

C’est l’heure des comptes et des premiers enseignements. Quelques mois seulement après l’ouverture des deux premières salles de consommation à moindre risque en France, (Strasbourg et Paris), son comité de pilotage livre un premier bilan. Et déjà certaines informations donnent matière à penser. Des différences nettes apparaissent en ce qui concerne la fréquentation, la nature des produits consommés ou le profil des personnes reçues. Des différences instructives, selon le comité, utiles pour « permettre de réfléchir à des modèles qui pourraient servir à d’autres villes volontaires ».

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Si la salle ouverte près de la gare du Nord à Paris compte depuis son ouverture mi-octobre environ 16.000 passages d’usagers (avec en moyenne 175 passages par jour), celle de Strasbourg n’en enregistre que 519 depuis son ouverture le 7 novembre dernier. Avec une moyenne de 20 à 25 passages par jour, la fréquentation est encore loin des objectifs initialement fixés (90 par jour).

35 % de femmes à Strasbourg contre 13 % à Paris

Mais ceci s’explique facilement selon Danièle Bader, directrice d’Ithaque, l’association qui gère la structure : « Nous notons une affluence nettement plus grande depuis janvier. Il faut que les gens prennent confiance, et le mois de décembre n’a pas aidé avec la forte concentration de policiers pendant la période du marché de Noël, ce qui a découragé certains toxicomanes de venir. »

Mais la plus grande surprise de la salle strasbourgeoise est de compter une forte proportion de femmes, soit 35 % des usagers, contre seulement 13 % à Paris. Une situation qui n’est pas vraiment expliquée mais qui est étudiée selon le comité de pilotage.

Autre différence notable avec Paris, les usagers strasbourgeois s’injectent majoritairement de la cocaïne alors qu’à Paris ce produit ne représente que 1 % des produits consommés. Les Parisiens lui préférant les sulfates de morphine comme les médicaments détournés mais aussi le crack et plus marginalement l’héroïne.

Et les craintes sécuritaires ?

Si à Paris la salle est proche des « scènes ouvertes », à Strasbourg elle est située dans l’enceinte même de l’Hôpital civil, avec un accès discret et entièrement réservé aux usagers et… sans riverains. « Les choses se passent de manière sereine, relève Danièle Bader. Aucun problème de sécurité ne nous a été signalé, ni aucun trouble pour la tranquillité publique ou pour le personnel de l’hôpital travaillant dans les bâtiments aux alentours. » Quant à Paris, « de nombreux habitants, qui étaient très inquiets avant l’ouverture, reconnaissent aujourd’hui, selon Rémi Féraud, maire du 10e arrondissement, qu’ils sont rassurés ». Une plage horaire plus grande serait même voulue par les riverains, affirme l’élu, ce qui permettrait d’éviter des files d’attentes dans la rue en attendant l’ouverture.

C’est un départ positif, selon Alexandre Feltz, adjoint au maire de Strasbourg en charge de la santé publique : « Nous touchons les populations visées, à savoir les toxicomanes en situation de grande précarité et coupées des structures médicales, souvent contaminées par l’hépatite C [40 %]. C’est une expérimentation sur six ans appelée incontestablement à s’étendre dans les autres villes de France. »