Strasbourg: Pourquoi il faut absolument s'intéresser au transhumanisme au Forum européen de bioéthique

SCIENCES Rendez-vous reconnu et séduisant, le Forum européen de bioéthique de Strasbourg s’intéresse pour sa septième édition au thème « post-humain » avec, au centre, l’intrigante question d’avenir du transhumanisme…

B.P.

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Bras bionique, ADN séquencé pour traiter en amont des maladies, opérations robotisées ou menées par les nanotechnologies, le transhumanisme veut utiliser toutes ces avancées pour repousser la mort... Mais jusqu'où ? Illustration

Bras bionique, ADN séquencé pour traiter en amont des maladies, opérations robotisées ou menées par les nanotechnologies, le transhumanisme veut utiliser toutes ces avancées pour repousser la mort... Mais jusqu'où ? Illustration — Pixabay

Le terme transhumanisme, vous l’avez peut-être déjà entendu. Au détour d’une vidéo. Ou encore dans la bouche d’un scientifique sur un plateau télé. Mais vous ne vous y êtes probablement jamais vraiment intéressés. Derrière ce néologisme un peu barbare à la vaste définition se cache pourtant une question d’avenir fondamentale.

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Ce n’est pas pour rien que le septième Forum européen de bioéthique s’y penche toute la semaine, autour de la thématique « post-humain ». En popularisant ces nouvelles questions philosophiques et morales, le rendez-vous strasbourgeois souhaite faire prendre conscience des conséquences de l’impact des dernières technologies sur la santé.

A la veille de son lancement, voici quatre raisons de vous intéresser sans tarder à ce véritable courant de pensée récent, fascinant ou inquiétant qu’est le transhumanisme.

Parce qu’avec les nouvelles technologies, tout va très très vite…

Au cours de la dernière décennie, les nouvelles technologies (NBIC) sont entrées dans le monde médical. Lancés pêle-mêle, la robotisation, les nanotechnologies, l’intelligence artificielle, l' ADN séquencé ou le stockage des données sont des avancées qui pourront encore améliorer la prise en charge du patient et sa durée de vie

Le président du Forum, Israël Nisand amorce ainsi la définition du transhumanisme : « En quoi l’humain est susceptible de changer grâce aux nouvelles technologies ? Aujourd’hui, tout s’accélère, l’hybridation aussi, avec le  cœur Carmat, les lentilles de contact bioniques… » Ce courant de pensée vise depuis quelques années à encourager ces modes de traitement.

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Jusqu’où pourra-t-on néanmoins aller ? Faudra-t-il fixer une limite ? Vice-président de l’Association française transhumaniste Technoprog, Didier Coeurnelle assume : « En termes d’automatisation ou de développement de l’intelligence artificielle, il y a aussi des risques. Pour mesurer les plus et les moins, il faut que le débat éthique s’élargisse. »

Parce que, derrière, le spectre de l’immortalité ou plutôt de l’amortalité

«La mort de la mort. » Popularisée par quelques figures médiatiques, le slogan un brin survendu illustre l’idée centrale du transhumanisme. Les technologies permettront-elles d’exploser les records la longévité ? Chez Technoprog, on y croit fort. Sans parler d’immortalité, mais plutôt d' amortalité, où seule la mort par accident serait possible.

« Les maladies liées au vieillissement sont la principale cause de mortalité dans notre société aujourd’hui, défend Didier Coeurnelle. Il est nécessaire de s’y pencher encore plus avec tous les outils à disposition, parce qu’il y a une amélioration de l’être humain possible. L’amortalité, ce sera la fin de ces maladies liées au vieillissement. »

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A la volonté de créer un dialogue entre transhumanistes ou généticiens pas toujours d’accord au Forum, le gynécologue obstétricien Israël Nisand prolonge : « Et puis le substrat de la conscience risque d’être découvert dans ce siècle, et la question - que l’on ne peut imaginer - de vivre éternellement sans nos corps se posera peut-être. »

Parce que plus près de ça, le séquençage de l’ADN a de quoi améliorer les thérapies…

Si la génétique est un sujet central pour le Forum européen de bioéthique, le transhumanisme n’est également rien sans lui. Parce que de nombreuses anticipations ont comme préalable le séquençage ADN, désormais réalisable à un coût relativement peu élevé. Et la modification du génome humain fait partie des principes envisageables.

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C’est ce point de focalisation de la recherche que les transhumanistes jugent nécessaires dans le traitement en amont des maladies à l’origine de la mort par vieillissement, qu’elles soient cardiovasculaires, neurodégénératives (comme Alzheimer) ou de type cancer. « Il faut changer de paradigme », insiste Didier Coeurnelle.

Parce que les entreprises n’ont pas attendu avant de s’y intéresser…

Si les pays européens ne sont pas en reste dans la recherche, ce sont probablement des multinationales qui sont à la pointe aujourd’hui. A l’image de la Google car, le moteur de recherche n’a par exemple pas oublié de miser dans ces thématiques scientifiques de santé. C’est aussi le cas de Paypal ou Facebook, dont les patrons ont de vastes intérêts.

« De très grands groupes investissent des moyens considérables, rebondit Marc Coeurnelle. Si les pouvoirs publics investissaient plus, cela pourrait permettre de rendre cela accessible à tous. » Voilà un autre argument des transhumanistes : ces avancées sont en cours mais, en l’état actuel des choses, tout le monde ne pourra pas en profiter.

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A leurs yeux, le dépassement des limites biologiques devrait pourtant être accessible à chaque être humain qui en a la volonté. Afin de mesurer l’intérêt et les risques de ce courant naissant, il est indispensable de s’intéresser au transhumanisme. Du 30 janvier au 4 février, le Forum de bioéthique a de quoi vous y faire réfléchir.

A suivre aussi sur Internet. Si vous n’avez pas la chance de pouvoir vous rendre dans une des salles de l’Aubette en plein centre de Strasbourg de lundi à samedi, toutes ces conférences sur le technoprogressisme au nom de « copier coller le génome », « big data et santé », « vivre avec les robots » ou encore « pour en finir avec la mort » pourront être suivies sur le site, le compte Twitter ou la chaîne Youtube du Forum.