Du football à son premier album en dix mois, MRC, le rappeur strasbourgeois qui monte (très) vite

MUSIQUE Footballeur de la réserve du Racing club de Strasbourg il y a encore un an, MRC s'est reconverti dans le rap. Ses clips vus jusqu'à 13 millions de fois sont suivis d'un premier album...

Propos recueillis par Bruno Poussard

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Strasbourg le 13 octobre 2016. Le rappeur strasbourgeois MRC.

Strasbourg le 13 octobre 2016. Le rappeur strasbourgeois MRC. — G. Varela / 20 Minutes

9-3, 9-2, 9-4, 6-9... Les bastions du rap game intègreront-ils un jour le 6-7 ? Tout nouveau dans le milieu, le Strasbourgeois MRC a des envies de grandeur pour sa ville et  le Bas-Rhin. Neuf mois après la sortie de ses premiers flows sur les réseaux sociaux, l’ancien footballeur du Racing a sorti son premier album, vendredi 7 octobre.

Jusqu’à 13 millions de vues, MRC cartonne déjà sur YouTube depuis des semaines. Et s’il parle peu de Strasbourg dans ses lyrics, le rappeur revendique son appartenance à l’Alsace  dans des clips travaillés. Né en Lorraine, il a ensuite a passé son adolescence à Strasbourg pour sa passion du ballon rond. A 20 ans, il veut désormais être un exemple.

Sept jours après la sortie dans les bacs de votre première production, comment ça va ?

Le planning est agité, mais c’est comme ça depuis des mois. Mais l’engouement commence à prendre. Ça fait plaisir, même si je ne suis pas habitué. Avant, dans la rue, personne ne m’accostait, maintenant, quand je fais un pas en ville, c’est chaud (rires) ! Mais j’aime cette vie, c’est que du bonheur de voir la famille fière de moi.

Strasbourg le 13 octobre 2016. Le rappeur strasbourgeois MRC.
Strasbourg le 13 octobre 2016. Le rappeur strasbourgeois MRC. - G. Varela / 20 Minutes

Depuis vos 12 ans vous étiez au centre de formation du Racing, pourquoi avez-vous arrêté le foot ?

J’ai quitté jeune ma famille pour jouer à Strasbourg, c’est pour ça que je parle souvent de galères dans mes sons. Le foot, c’est la seule chose qui m’intéressait. J’ai même fait les présélections pour les équipes de France et de Turquie [ses origines, ndlr] chez les jeunes. J’y croyais. Mais j’ai enchaîné beaucoup de blessures. Aux ischios notamment. Jusqu’à celle qui, pendant quatre mois, m’a fait trop cogiter… Mais aucun de mes équipiers n’aurait imaginé que je pose des sons un jour, j’étais plutôt un mec réservé.

Comment vous êtes-vous lancé dans la musique, alors ?

Sur Instagram, j’ai balancé une vidéo freestyle de 15 secondes en novembre dernier. Le lendemain, j’avais 10.000 abonnés, plein de messages sur ma voix atypique et des contacts de maisons de disques. J’étais en mode choqué. Avant de sortir Paix sans guerre [en mars], je ne savais toujours pas ce qu’était un 16 mesures [la taille d’un couplet]. Jusque-là, il fallait juste qu’on me passe un ballon et qu’on m’enlève mes douleurs…

Depuis cette première vidéo, pourquoi tout est allé si vite jusqu’à ce premier album ?

Quand j’ai vu le nombre de gens qui m’écoutaient sur YouTube et leur détermination, je me suis dit « on va tirer ». C’est important de ne pas attendre, pour ne pas rater le train. Et puis j’aime prendre des risques. Mais depuis que j’ai commencé, rien n’a vraiment changé. Je ne vais pas oublier d’où je viens, tout ce que j’ai traversé ici. J’ai tout appris à Strasbourg, c’est la ville qui a fait de moi ce que je suis. Voir mes fans ici me fait chaud au cœur. J’ai envie de leur donner envie de ne jamais lâcher.

Quel est votre rapport à Strasbourg, justement ?

J’y ai passé de très belles années. Plus jeune, j’habitais au centre de formation. Puis au fil du temps, j’ai commencé à connaître des frérots. Ils voulaient me montrer que je n’étais pas tout seul. Quand j’ai du temps maintenant [il habite désormais à Paris], je reviens encore ici, à Cronenbourg, chez eux. Mais j’ai des amis de partout, à Hautepierre, au Neuhof… Dans mes deux clips réalisés ici [dont un à Esplanade], j’avais envie de montrer ça. Montrer qu’il y a aussi une jeunesse solidaire à Strasbourg. Parce qu' il y a beaucoup de clichés.

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Vous semblez écrire vite, qu’est-ce qui vous inspire ?

J’ai envie de parler d’une vie positive pour les petits. Dans mes sons, je n’insulte pas, je ne fais pas de cinéma. Ça sort assez naturellement lorsque j’entends la mélodie, et je veux juste faire passer un message de solidarité et de paix. Rappeur ne veut pas dire gangster. Je suis un chanteur qui fait du rap en essayant d’apporter de la nouveauté. Pour faire kiffer. Je ne veux pas m’inventer une vie, j’essaye juste de plaire à tout le monde. Montrer qu’on a du talent ici.