Strasbourg: La prison de l'Elsau libère sa chaîne

SOCIETE Des ateliers audiovisuels et une chaîne interne pour rompre avec l'isolement et préparer l'avenir sont organisés pour et par les détenus de la prison de l'Elsau...

Gilles Varela

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Tournage d'une émission de cuisine à la prison de l'Elsau Lancer le diaporama

Tournage d'une émission de cuisine à la prison de l'Elsau — G. Varela / 20 Minutes

Savoir communiquer, travailler en équipe ou prendre confiance en soi pour réussir sa «sortie de prison»? C'est la mission que se donne deux fois par semaine l'équipe audiovisuelle de la maison d'arrêt de l'Elsau.

Des détenus (six au maximum) préparent, animent et réalisent des magazines mais aussi les informations de la chaîne télé du canal interne de la prison. Diffusée quatre fois par jour pendant une heure et demie (dont un film) avec le même programme pendant toute une semaine sur les écrans des 440 cellules, les prévenus se mettent à l'écriture, la conception, la réalisation et l'apprentissage des techniques du monde de la télé.

Tournage d'une émission de cuisine à la prison de l'Elsau - G. Varela / 20 Minutes

Répondre à un réel besoin

Loin d'être une chaîne de divertissement, Planète MAS, (Planète Maison d'Arrêt de Strasbourg)  dispense des renseignements sur le fonctionnement de la maison d'arrêt Mais la chaîne a pour vocation de répondre à un réel besoin d'information des détenus. Celles des arrivants mais aussi pour ceux qui sont  illettrés ou étrangers, évalués à 30 % des 710 détenus que compte actuellement la prison de l'Elsau. «Avec la télévision, c'est parfois plus facile à comprendre que les mots des notices explicatives», explique Regina De Almeida, réalisatrice et coordinatrice professionnelle.

Regina De Almeida, coordinatrice et réalisatrice pendant le tournage d'une émission de cuisine à la prison de l'Elsau - G. Varela / 20 Minutes

Des informations pratiques et des magazines

Des informations juridiques mais aussi des informations pratiques comme les horaires des douches et des petits magazines où sont présentées avec humour les diverses utilisations du «cantinable», c’est-à-dire le petit matériel et les denrées que les prévenus peuvent acheter durant leur détention.

Pour Thomas après deux semaines de stage d'initiation, ce fut une révélation. «Au début je ne voulais pas passer devant la caméra, à cause du regard des autres et puis je parlais alsacien. Il m'a fallu du temps pour trouver de nouveaux mots, accepter mon image. Maintenant je vais sur tous les postes, même si ce que je préfère, c'est la prise de son.» Quant à Claude, dans l'équipe depuis deux ans est fier de pouvoir «mener des interviews, s'occuper du montage et avoir une certaine popularité dans l'établissement. Même si nous n'avons pas vraiment de retours car il n'y a pas trop de contacts avec les autres»,regrette-il.

Dans la prison de l'Elsau - G. Varela / 20 Minutes

Un projet contre la récidive

Un moyen également pour alerter les prévenus sur le gâchis où les mauvaises pratiques alimentaires comme dans un épisode pilote tourné lundi, décrivant «comment cuisiner en cellule» avec les moyens du bord . «C'est un lien avec l'extérieur. Comment cuisiner,  bien s'alimenter, c'est aussi apprendre à économiser de l'argent, à cuisiner pour sa famille, plus tard. Il faut que ces informations et ces ateliers ramènent quelque chose, explique Christiane Roques en charge de la culture et du sport à la direction interrégionale du service pénitentiaire. Ces actions s'inscrivent dans un projet global et participent à la lutte contre la récidive».