Cédric Mourier, arbitre: «Un joueur qui dit "tu es aveugle", il faut le comprendre»

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Publié le 6 juin 2012.

INTERVIEW - L'arbitre français analyse les spécificités de son métier sur terre battue...

Aux premières loges pendant les matchs, les arbitres de Roland-Garros multiplient pourtant les descentes pour vérifier les marques. Pour Cédric Mourier, cela donne une dimension supplémentaire au métier d’arbitre, mis à rude épreuve sur terre battue…

Jusqu’où un joueur peut-il aller avec un arbitre puisqu’il a le droit de lui parler?

Oui, il a le droit et il ne faut pas le lui enlever. La communication arbitre-joueur est essentielle. C’est là où on fait notre carrière et notre crédit. On doit être ferme, sans être arrogant. Si on est encore là quinze ou vingt ans après avoir commencé, c’est parce que les joueurs vous apprécient en tant qu’arbitre, même s’ils ne vous apprécient pas en tant qu’homme. Après, tout peut se dire tant que l’officiel est respecté.

Pourtant, parfois, les mots sont durs?

Moi je suis assez tolérant. J’ai été joueur de tennis. Je peux comprendre qu’un joueur ne soit pas content quand il est breaké à 4-3 sur une balle litigieuse. Mais la limite c’est le respect des personnes sur le terrain. Y compris les spectateurs. Quand ils entrent sur un court de tennis, les joueurs sont très différents de ce qu’ils sont dans la vie normale. En dehors, la plupart sont adorables. Mais sur le terrain, le fait de vouloir gagner avec la pression, ça change la donne. Il faut être assez flexible pour laisser les joueurs exprimer leur frustration.

Entendez-vous souvent des insultes?

Oui bien sûr. D’abord, il faut comprendre la langue. Beaucoup disent des choses horribles dans une langue qu’on ne comprend pas. Il y a les insultes de base, les classiques. Il y a les insultes à soi-même. Si on est sur un court couvert par la télé et que tout le monde entend l’insulte, vous êtes moins flexible que si c’est sur un court annexe où on peut considérer ça comme une discussion privée d’hommes. Entre nous. Ici, il y a des micros tous les mètres. Plus il y a la télévision plus les joueurs font attention à leur image. Si un joueur dit un «putain» dans les bâches et qu’à la télévision on n’entend que ça, le téléspectateur ne comprendrait pas forcément que le joueur dise cela et que l’arbitre reste impassible.

Vous faites donc semblant de ne pas entendre parfois…

Ce n’est pas ça, mais on ne doit pas franchir la limite. Le «putain» ou le «fuck» crié fort après une annonce dépassent la limite. Maintenant un joueur qui dit «tu es aveugle», il faut le comprendre. Ce n’est pas irrespectueux.

On a entendu un joueur dire à l’arbitre «Sois intelligent un peu, le match va durer.» Il n’a pas bronché…

Oui, ce n’est pas méchant. Nous, on est coincés entre la règle et l’application. Dans ce cas-là, on est vraiment intelligent. Dans le cas de dépassement de temps au service par exemple. Si un échange a duré 36 coups, on ne va pas dire «dépêche-toi» au joueur. Celui qui est cuit se défend aussi. Et tant mieux, ce n’est pas un manque de respect. C’est comme le «On n’est pas au souk» (de Michael Llodra l’année dernière à un arbitre Marocain). Pour moi c’est pareil. Ça a été monté en épingle. J’aurais aussi pu l’entendre et l’ignorer de la même façon. Ce qui s’est passé avec mon collègue marocain, on n’en a pas discuté.

Avez-vous déjà disqualifié un joueur directement sans avertissement?

Je suis déjà allé jusque-là. Avec Xavier Malisse, à Miami, il y avait un quiproquo avec une juge de ligne qui m’avait rapporté quelque chose qui ne lui laissait aucune chance de s’en sortir. En anglais, c’était vraiment vilain à son propos.

Vous semblez apprécier de discuter avec les joueurs…

C’est agréable et c’est ce qui manque dans le tennis féminin. Il n’y a pas de communication chez les femmes. Les hommes, parfois, vous disent un petit mot sous la chaise. Ou juste un regard. Là vous savez qu’il y a quelque chose. Vous êtes perpétuellement sous pression. Les filles parlent moins. Nous, on est dans la même disposition. Les filles n’ont pas l’impression qu’elles peuvent influencer. Sharapova parle beaucoup, mais elle repart vite. Et vous n’avez plus personne à qui parler. Je ne peux pas vraiment l’expliquer.

Ici, il n’y a pas le «hawk-eye» (système informatique destiné à l’arbitrage, ndlr) et il y a toujours ces discussions sur les marques. La terre n’est-elle pas finalement la surface la plus dure à arbitrer?

Pour moi, oui, de très loin. Localiser la marque paraît facile, mais de la chaise, on repère une zone et il faut la garder. Par expérience, on localise la marque, mais c’est difficile. Il faut prendre une photo, avoir un repère. S’il y a une zone d’ombre, près d’une trace de pas. De la chaise, on doit repérer la trace avant de descendre. C’est un effort. Et puis quand on descend, tout à coup on est dans la lumière. Quelque part, on est projeté dans l’arène. Il y a une succession de décisions à prendre. Sur terre, si le joueur pense que vous avez fait une erreur il n’y a aucune chance dans le match de la rattraper.

Y a-t-il encore des fourbes qui entourent la mauvaise marque?

Non, c’est très rare. Vous savez, les joueurs sont toujours ensemble. S’ils font ça, ça se réglera après entre eux. Vous vous faites vite une réputation. Les joueurs nous connaissent et respectent la fonction.

Les paris en ligne ont-ils changé quelque chose dans l’approche de votre métier?

Pas vraiment. On sait que c’est là. Ça peut être un fléau. Mais à notre niveau, on n’a jamais été approchés. On ne peut pas changer le cours d’un match. Je peux difficilement annoncer une balle faute si elle est bonne de 50cm. Les joueurs vont me descendre de la chaise dans la minute. Je ne mettrais pas ma carrière en jeu sur une décision énorme.

Propos recueillis par Romain Scotto
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