Même si elle a toujours fonctionné en vase clos, Marion Bartoli ne s’est jamais sentie aussi seule dans son rôle de porte-drapeau du tennis français. A Coubertin, où elle effectue son entrée en lice mercredi ou jeudi, la 7e joueuse mondiale porte une fois de plus les espoirs de victoire tricolore dans le tournoi. Parmentier ou Cornet ne partent pas vaincues d’avance, mais leur statut de joueuses invitées en dit long sur la difficulté de la tâche. Du côté de la fédé, l’alerte rouge a été déclenchée depuis longtemps. La France ne compte plus qu’une joueuse dans les 60 premières mondiales. Six dans le top 100, dont trois au-delà de la 90e place. La défaite en Fed Cup le week-end dernier, menaçant l’équipe de Nicolas Escudé d’une nouvelle relégation, a juste accentué la sinistrose. «C’est une période pas facile, c’est vrai mais les jeunes progressent», répète avec optimisme Alexandra Fusai, la responsable du haut niveau à la fédé.
Dans les années à venir, elle promet un retour aux années de bombance, avec douze filles dans le top 100. Si elle parvient à résoudre les problèmes personnels de Rezai et redonner un moral à Cornet, la fédé entend d’abord cueillir les fruits de sa formation. «Aujourd’hui il y a de sacrés potentiels avec Garcia et Mladenovic (18 ans toutes les deux), enchaîne Nathalie Dechy. Il faut juste les laisser arriver à maturité à leur rythme. Après, on peut imaginer que l’émulation se crée pour que ça redémarre.»
Élargir la base de détection
Avec leurs structures respectives, les deux espoirs français incarnent un modèle de formation, élaboré dans les bureaux de la FFT. Pour relancer la dynamique, l’idée est de former «la joueuse du futur», indique Fusai. Les cadres techniques ont donc fait le pari de développer un jeu à contre-courant de ce que les meilleures appliquent aujourd’hui. «Il ne s’agit plus de frapper en cadence comme un métronome, mais de posséder une palette de coups très complets, souffle George Goven. C’est ce qu’on inculque aux petites filles à la fédé. Il faut mettre de l’effet dans la balle, monter au filet. Ne pas être dans les stéréotypes.»
En matière de détection, un grand chantier a également été mis en place. Fusai: «On essaye d’élargir la base de la pyramide (dès l’âge de 9 ans) pour avoir le plus possible de joueuses au plus haut niveau. On avait arrêté de former pendant quinze ans. On a donc rouvert nos pôles France et établi un fil conducteur de formation.» Pour repérer les championnes, Bernard Pestre, DTN adjoint responsable de la formation, avance des décisions très concrètes: limiter les entraînements mixtes afin de ne pas décourager les filles face aux garçons, et considérer un peu mieux le rôle des parents dans la carrière de leur enfant. A partir de 17 ans, un suivi en préparation mentale est également mis en place pour épauler les jeunes filles et leur inculquer la culture de la gagne. Si elle doit percer dans les années à venir, la futur Amélie Mauresmo passera forcément par ces étapes là.