C’est fou ce que deux ans vous changent un homme. On se souvient encore du Yannick Noah fringant de février 2016, chaine en or, pull ouvert jusqu’au nombril et béret à poser pour le catalogue La Redoute. Le Grand Timonier du tennis français venait acter son retour aux affaires pour enfin faire gagner la Coupe Davis à cette bande d’incapables de mousquetaires, et les suiveurs avaient des étoiles jusque dans le fond de la pupille. Deux ans après, alors qu’il peut presque percevoir le triomphe romain au bout du chemin, c’est comme si Noah avait perdu la foi, en plus des cheveux longs.

Venu se plier à une conférence de presse pour annoncer le groupe amené à défier la Belgique la semaine prochaine à Lille, une formalité vite expédiée (Tsonga et Pouille en simple, Mahut-Herbert en double, Gasquet et Benneteau en remplaçants, comme attendu), le capitaine tricolore a semblé moyennement convaincu de la fin de l’histoire. « Il n’y a pas plus bel endroit pour moi que d’être aujourd’hui sur cette chaise », et « Je n’ai aucune certitude sur rien » dans la même phrase. Noah parlait de son futur, mais aussi du reste. Le type pensait arriver et régler les problèmes de la ligne 13 du métro parisien à lui tout seul ? Maintenant, il fait comme tout le monde, il prend un bon livre et il attend.

Ce serait injuste de dire que Noah n’est plus Noah. Il reste un peu de mystique, « le souvenir de belles aventures entre copains » qui ont cimenté les plus belles conquêtes, celles de 91 ou de 96 qu’on agite comme des vieilles photos de famille jaunies par le temps. Certaines formules incantatoires font encore mouche (« Pourquoi tu joues à la fin ? Pour faire plaisir aux gens »), mais on est loin de l’enthousiasme extatiques des premiers rassemblements. Le dernier vainqueur français de Roland-Garros a lui-même entériné le décalage lors de la demi-finale contre la Serbie, pendant laquelle Pouille et Tsonga lui avaient grosso modo demandé de la mettre en veilleuse pour les laisser joueur au tennis.

« Je n’avais pas réussi à communiquer avec beaucoup de monde ces jours-là. J’ai eu le temps d’y repenser, j’avais que ça à faire, et j’assume mes responsabilités, je m’inclus dans la marge de progression de cette équipe pour rapporter ce saladier d’argent »

Noah s’est donc attelé à prouver que ses méthodes de management ne se résumaient pas aux parlotes œcuméniques et aux chansons d’après-match. Plus de références au passé glorieux, à part pour dire que la pression d’une première finale (parlant de Lucas Pouille) n’avait pas empêché Leconte de claquer le beignet de Sampras en 91 et Pioline de balader Edberg à Malmö cinq ans plus tard. Mais quelques petites remarques savamment distillées pour montrer qu’il fait le job. La présence de Jonathan Esseyric au stage préparatoire pour jouer les sparrings de service, « parce qu’on pourrait avoir un joueur gaucher en face de nous en double ». La figure rassurante de l’adjoint Cédric Pioline, « qui s’est rapproché de Lucas Pouille ces dernières semaines » pour le remettre d’aplomb après son week-end raté contre les Serbes.

Conclusion appuyée du capitaine pour ceux qui en doutaient : « Dès le lendemain de la demi-finale, on avait un plan ». Le dit plan inclut-il enfin la recette pour ne pas rentrer la queue entre les jambes à cause d’un numéro 1 adverse injouable (Goffin, en lice au Masters cette semaine) ? On a posé la question à Noah, qui s’est rappelé comme nous qu’un Djokovic prépubère et qu’un demi-Federer avaient suffi à nous passer sur le corps lors des deux dernières finales disputées par les Bleus. « C’est vrai que c’était des bons joueurs. C’est vrai que l’an passé, on est tombés sur un Cilic super-solide tout le week-end. Mais il y a d’autres fois où on a gagné des matchs car la cohésion et l’esprit d’équipe ont fait la différence ». Entendre des rencontres mal embarquées sur le papier.

Lesquelles ? On cherche encore, mais on ne doit pas être dans le bon état d’esprit. « A chaque fois qu’on a gagné cette épreuve, c’est parce qu’on avait une attitude positive, pas en disant qu’on allait de blesser, qu’on allait perdre tel match, qu’il manquerait un remplaçant où je ne sais quoi. L’énergie derrière la balle de match de la finale, elle est unique, et j’aimerais conduire les gars jusqu’à ce moment ». La magie ancienne ressort du placard. Le Noah de toujours. C’est encore celui qu’on préfère.