Un match du premier tour à l'Open d'Australie, le 18 janvier 2015.
Un match du premier tour à l'Open d'Australie, le 18 janvier 2015. - Aaron Favila/AP/SIPA

Ne vous emballez pas, on ne parle pas du vainqueur de Grand Chelem qui a possiblement balancé un match pour de l’argent, selon les révélations de plusieurs médias britanniques. Ni d’aucun des huit joueurs engagés à l’Open d’Australie qui ont participé à des matchs plus que suspects au vu des résultats et des mises engagées depuis 2007, et ce Davydenko-Aguello trop gros pour être vrai.

Andreas Moltke-Leth est un joueur danois anonyme. Il n’est même plus vraiment joueur d‘ailleurs, puisque des problèmes de dos l’ont obligé à stopper une carrière qui ne décollait pas. Sur le dernier classement publié par l’ATP, il est 2139e mondial. Mais Andreas a acquis une petite notoriété en osant prendre son téléphone pour raconter le scandale des matchs truqués sur le circuit secondaire, là où les soutiers du tennis essaient tant bien que mal de gagner de quoi payer l’avion et l’hôtel. Il nous raconte comment les parieurs l’ont approché à l’été 2014.

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« Je profitais tranquillement chez moi de deux semaines de repos. J’étais en train de manger en famille quand mon téléphone a sonné. C’était un numéro inconnu. J’ai décroché et la personne que j’ai eue au bout du fil n’a pas tourné autour du pot. Il m’a dit que sa spécialité c’était d’arranger les matches ». Andreas fait mine de vouloir réfléchir cinq minutes et met au point une stratégie avec ses parents : faire parler son interlocuteur au maximum avant de le dénoncer aux autorités. « Le gars m’a ensuite expliqué qu’il représentait une compagnie qui avait des intérêts en Chine. Il voulait que je perde un match lors d’un Future que je devais jouer en Pologne quinze jours après, alors que le tirage n’était pas connu. L’idée, c’était que je perde le premier set 6-0 et l’argent était pour moi. Il devait me donner 2.500 euros avant le match et 2.500 euros après »

 

La somme peut sembler riquiqui, mais elle est considérable pour un joueur de 20 ans qui a besoin du soutien financier de ses parents pour boucler l’année. « J’avais calculé, ça me permettait de voyager sur six tournois. Le type le savait, comme il connaissait mon numéro de vol et l’hôtel où je descendais. C’était un peu flippant. Puis il a dû se douter de quelque chose et a commencé à devenir méfiant. Il m’a dit qu’il me rappellerait le lendemain et je n’ai jamais plus eu de nouvelles. Mais je n’ai pas mis les pieds en Pologne, j’ai eu peur de ce qui pouvait se passer là-bas. Jamais je n’aurais pensé que cela puisse arriver sur le circuit professionnel, où les joueurs sont plus à l’aise financièrement ».

Novak Djokovic himself, en marge de sa victoire au premier tour de l’Open d’Australie, a pourtant confirmé qu’on lui avait proposé près de 260.000 euros pour « balancer » un match au début de sa carrière. Sur France Info, Arnaud Clément, ancien membre du top 10, a lui aussi raconté une histoire semblable, un intermédiaire qui l’aborde en Russie pour lui proposer 50.000 euros contre une défaite le soir même. Des cas qui auraient pu alerter l’ATP, en vain. « Il existe un site internet au Danemark où on peut dénoncer ce genre de choses. Après, les organismes responsables sont alertés. Mais je n’ai jamais eu de nouvelles de l’ATP, explique Andreas. Je pense qu’ils ne prennent pas au sérieux ce phénomène. Pourtant, c’est le problème majeur de notre sport, plus que le dopage. Si on ne fait rien, cela va finir par décrédibiliser notre sport.

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